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L’histoire vraie —et rectifiée— du sida

Didier Lestrade | slate.fr | lundi 27 août 2012

mardi 28 août 2012

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L’histoire vraie —et rectifiée— du sida
Didier Lestrade | slate.fr | lundi 27 août 2012

Trois films sortis récemment ont pour ambition de raconter aux nouvelles générations la vraie histoire du sida aux Etats-Unis, telle qu’elle fut vécue dans des villes extrêmement touchée par l’épidémie comme San Francisco ou New York.

Cérémonie au National AIDS Memorial Grove de San Francisco, où des milliers de  noms de victimes de la maladie ont été gravés sur la pierre. REUTERS/Kimberly White

- Cérémonie au National AIDS Memorial Grove de San Francisco, où des milliers de noms de victimes de la maladie ont été gravés sur la pierre. REUTERS/Kimberly White -

Le sida est confronté à la perte de sa
mémoire. Les livres qui racontent ces trois décennies d’épidémie passées sont
finalement rares et l’histoire se dilue entre poncifs et souvenirs perdus.
Pourtant, depuis un an, ce travail de transmission est réanimé avec la sortie
successive de plusieurs documentaires américains qui ont forcé l’admiration de
la critique et des militants. L’histoire du sida passe désormais plus
facilement par l’image que par l’écrit.

Trois de ces documentaires méritent d’être
découverts en France. « We Were Here », sorti en novembre 2011, a reçu un prix au festival
de Sundance et a bénéficié d’articles élogieux dans les médias. « How to Survive a
Plague
 » a
poursuivi cette dynamique en janvier. Enfin, « United in Anger » vient juste d’être présenté au festival
de films sur le sida, en parallèle à la XIXe conférence internationale sur le
sida qui s’est achevée à Washington.

Ces trois films ont pour ambition de
raconter aux nouvelles générations la vraie histoire du sida aux Etats-Unis,
telle qu’elle fut vécue dans des villes extrêmement touchées par l’épidémie
comme San Francisco ou New York. Ces docus ne cherchent pas à être des « tear
jerkers », des films qui forcent les larmes à travers la souffrance et le
désespoirs des témoins de cette époque.





Oui, ces films font pleurer, mais ils vous
font rire aussi et ils sont remplis d’images d’archives et de vidéos rares que
les militants les plus pointus n’ont jamais vues. Les trois documentaires ont
aussi en commun leur structure à base de témoignages de survivants
(séropositifs ou séronégatifs). Ils racontent leurs vies mais surtout à partir
d’un point de vue communautaire, social, politique. Bref, il ne s’agit pas ici
d’anciens qui font mousser leur égo, mais plutôt un message collectif qui fait
mieux comprendre l’épidémie d’aujourd’hui.

« We Were Here » de David Weisseman, à qui
l’on doit la réalisation de « The Cockettes » en 2002, est absolument fantastique. Les
images en noir et blanc du San Francisco de la fin des années 70 sont inédites,
très belles, illustrant le bonheur de vivre dans cette ville qui attirait alors
tous les esprits libres de l’Amérique et d’ailleurs. SF était alors la ville de
la liberté, l’aimant de tous les contre pouvoirs.

« We Were Here » l’énergie et le burn out

C’est sur ce terreau que débutent les
témoignages de 5 hommes et une femme. 5 homosexuels et une infirmière se
succèdent pour raconter combien le sida a traumatisé leur existence tout en
offrant à leurs vies une refonte totale de leurs idées. Etrangement, pour
chacun de ces « anciens », le sida a causé la perte de leurs amants et amis, mais
le sida leur a aussi donné l’énergie de réussir des carrières.

Très peu de musique dans ce docu, très peu
d’effets, on est captivé par chaque phrase, chaque souvenir. L’éditing est très
serré mais laisse à chacun le temps de s’exprimer. Tout est très dense mais le
rythme est lent.

La vie du quartier gay de Castro est très
bien décrite, on voit Harvey Milk, le développement des premières
associations de malades comme le Shanti Project, l’organisation progressive d’une
communauté gay qui restait alors très stigmatisée dans l’Amérique de Reagan. On
voit les premiers malades avec leurs taches de Kaposi mais on est témoin aussi
de l’influence déterminante des femmes et des lesbiennes qui s’engagent dès le
début de l’épidémie comme cette collecte de sang organisée par des lesbiennes
pour leur « frères » homosexuels.

Et ça, pour les vétérans de ce combat, fut
une des plus belles manifestations d’entraide entre hommes et femmes, à une
époque où les gays n’offraient pas beaucoup d’espace à leurs sœurs lesbiennes.





« We Were Here » est définitivement un des meilleurs
docus

jamais réalisés sur le sida du tout début. Mais l’histoire traverse les années
90, le burnout et l’épuisement (très bien décrit) et les années 2000,
quand les anciens malades sont revenus à la vie.

Le mot de fin insiste sur une idée qui a
été beaucoup développée lors de la conférence de Washington en juillet dernier.
Le dévouement des gays et lesbiennes contre le VIH a été déterminant pour le
reste du monde. L’Afrique, l’Asie, l’Amérique du sida ont tous bénéficié de
l’approbation accélérée des antirétroviraux. Si plus de 8 millions de personnes
ont accès à des multithérapies en Afrique et ailleurs, c’est parce que les gays
ont servi de cobayes dans les essais thérapeutiques qui ont prouvé que le sida
pouvait être éradiqué. Avant que le premier traitement contre le sida soit
commercialisé, l’AZT, 15.548 personnes sont décédées du sida dans la seule
ville de San Francisco.

« United in Anger », le traumatisme d’Act Up

« United in Anger » de Jim Hubbard est, c’est surprenant, le seul docu récent sur Act Up aux Etats-Unis. La
dissolution du groupe au milieu des années 90 a été si traumatisante que les
fondateurs du mouvement ont souvent passé de longues années à s’éviter. Ce
film, tout neuf, a probablement bénéficié du rapprochement des anciens sur
Facebook. Il aura fallu 25 ans pour que ces hommes et ces femmes se parlent à
nouveau et dépassent l’échec d’une mort associative prématurée.

Il y a un aspect amusant dans ce docu. On
dirait qu’il a été fait en 1995. Pour mieux coller à l’époque, à sa mode, à sa
culture, toutes les typos du film semblent figées dans le temps. Même la
musique paraît sortir d’une soirée passée devant MTV old school. Cette
envie de tout garder dans son jus exacerbe encore davantage la sensation de
voyage dans le temps.

La création d’Act Up en 1987 est bien documentée et pour
ceux qui ont eu la chance d’en être les témoins, tout est raccord : comment 300
personnes se sont rassemblées spontanément suite à un discours d’anthologie de Larry Kramer, l’ambiance des réunions au centre LGBT
de New York, le fonctionnement des « groupes d’affinités » sur le modèle du
mouvement féministe américain du début des années 80, l’influence du graphisme
et de l’art.

Si « We Were Here » raconte la fondation de
la lutte contre le sida, « United in Anger » marque le vrai envol de cette lutte en tant que bouleversement
politique. Tous les leaders d’Act Up du début sont là, hommes, femmes, latinas,
blancs, bien portants et handicapés.





Le docu est rempli d’images et
d’enregistrements jamais vus. C’est comme si on ouvrait une boite qui était
restée fermée depuis 20 ans. Ici aussi, la présence des femmes est centrale.
Act Up est le premier mouvement gay dominé par la pensée féministe.

Les héritiers

« How to Survive a Plague » de David France
est le prolongement des deux films précédents en unissant
l’histoire d’Act Up et celle de son offshot le plus important, le groupe TAG (Treatment Action Group). Né de la
désintégration d’Act Up pour des raisons liées à l’éthique médicale, TAG sera
le groupe activiste qui servira de modèle à travers le monde quand il s’agira
de travailler uniquement sur les traitements, face à l’industrie
pharmaceutique, les agences gouvernementales, la bureaucratie.

Ce film, qui sortira dans les salles de
cinéma américaines le 12 septembre
prochain
,
est beaucoup plus technique que les précédents mais possède lui aussi des
images d’archives. Manifs, zaps, rencontre avec les dirigeants des grandes
institutions américaines (FDA, NIH, etc.), c’est un film qui mélange la désobéissance
civile et le travail fastidieux des rapports médicaux, des conférences
internationales, de la publication de données médicales indépendantes.

C’est vraiment un manuel, un « How to », sur
le combat contre le VIH qui sert d’exemple pour toutes les autres maladies ou
tous les combats politiques basés sur le radicalisme. Après tout, les manifs
d’Act Up on eu un tel impact sur notre inconscient que désormais ces types
d’actions sont repris à travers le monde, chez les Indignés d’Espagne ou la
nouvelle génération d’Occupy The Streets.

Didier Lestrade





Didier Lestrade est journaliste et écrivain. Il est également connu en tant qu’activiste dans le domaine de la lutte contre le sida et fondateur d’Act Up.



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Transmis par Olivier Poularon
collectifs locaux anti-délation
Tue, 28 Aug 2012 01:05:48 -0700




Voir en ligne : L’histoire vraie —et rectifiée— du sida

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