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Si l’herbe était légale, les joints ne coûteraient presque rien

Matthew Yglesias | slate.fr | vendredi 3 août 2012

samedi 4 août 2012

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Si l’herbe était légale, les joints ne coûteraient presque rien
Matthew Yglesias | slate.fr | vendredi 3 août 2012

De plus en plus d’Américains se prononcent en faveur de la légalisation de la marijuana selon de récents sondages. Si elle était légalisée, son coût de production serait tellement faible qu’elle pourrait devenir encore moins chère que la bière.

Lemon Kusk/Mark Via FlickrCC Licence By

- Lemon Kusk/Mark Via FlickrCC Licence By -

Cette donnée semble totalement
échapper aux politiciens d’envergure, mais les sondages indiquent qu’un nombre
croissant d’Américains sont favorable à la légalisation de la marijuana.
L’institut Gallup a jeté un pavé dans la mare à l’automne dernier en publiant
le PREMIER sondage indiquant que plus de 50% des Américains étaient favorables
à la légalisation. Au mois de mai, une étude plus précise de Rasmussen,
indiquait que 56% des personnes interrogées étaient favorables à «  la
légalisation de la marijuana et à son encadrement
dans la lignée de
l’encadrement actuel de l’alcool et de la cigarette. 
 »

A ce stade, ces
deux sondages font un peu exception, la plupart des études montraient plus de
scepticisme sur le sujet. Mais comme les personnes âgées sont plus défavorables
à la marijuana que les jeunes, le nombre de personnes favorables à la
légalisation ne peut qu’augmenter ces prochaines années et se retrouvera donc,
tôt ou tard, sur le devant de la scène politique. 

On ne s’est que très peu demandé à quoi
une industrie de la marijuana pourrait ressembler. Selon des recherches très
convaincantes effectuées par Jonathan Caulkins, Angela Hawken, Beau Kilmer et Mark
Kleiman et présentées dans leur livre Marijuana Legalization : What
Everyone Needs To Know
, un des points clés, et très rarement
considéré, est qu’un joint légal serait très bon marché. De fait, l’herbe de
qualité moyenne serait même si peu chère que l’industrie pourrait aussi bien
la donner, comme les petits tubes de ketchups ou les cacahuètes de comptoir.

La pensée conventionnelle sur ce sujet
est généralement dominée par les expériences des gens ayant acheté de la drogue
légalement ou quasi-légalement dans des endroits comme des coffee-shops
hollandais ou dans certains dispensaires de Californie. Mais pas plus la
Californie que les Pays-Bas n’autorisent la culture de la marijuana. Si l’herbe
était entièrement légale, la distribution et la vente en seraient totalement
bouleversées.

Un coût de production très faible

Il existe de nombreux biens dont la
conservation est coûteuse – soit parce qu’il sont vivants, comme les homards,
soit parce qu’ils sont énormes, comme les camping-cars, par exemple – ce qui
fait que leur prix est généralement élevé, ou que les achats ne peuvent être
effectués qu’en certains lieux. Mais la marijuana est un bien non-périssable,
comme le blé ou les lentilles. Pour de tels produits de consommation, le prix
d’achat est dû - pour l’essentiel - au coût de production.

Essayez d’imaginer un monde dans lequel
il est permis d’avoir des tomates chez vous, de les cuisiner, de ne pas être
puni si des policiers vous arrêtent en possession de tomates et dans lequel
vous pouvez même les acheter dans certains endroits spécialisés dans la
vente de tomates – mais dans lequel il serait illégal de faire pousser des tomates. Leur prix
risque de grimper en flèche.

Le problème n’est pas que les tomates vont
disparaître des étals des supermarchés (ce qui va pourtant être le cas) mais
que toutes les fermes qui en cultivent vont devoir fermer. Ce qui ne veut pas
dire du tout que les gens vont arrêter de faire pousser des tomates. Car les
gens aiment les tomates. Alors les tomates vont entrer en fraude aux
Etats-Unis, depuis le Mexique. Les tomates seront cultivées en douce, dans les
arrière-cours. Des gens vont utiliser des lumières et des systèmes d’arrosage
pour les cultiver sous serre, à domicile.

Ces expédients vont permettre de
cultiver des tomates, mais les tomates seront alors bien plus chères à produire
que dans une ferme, avec tous les moyens économiques et logistiques dont
dispose l’agriculture moderne.

Les fermes américaines font partie des
plus productives du monde grâce, pour l’essentiel, à des apports technologiques
et à des exploitations d’une taille suffisamment grande pour se permettre de
l’utiliser. Ce que les Américains considèrent comme une petite exploitation
agricole est une grande exploitation comparée à une unité de production de
marijuana. Il n’existe pas de grande exploitation consacrée à la production de
cannabis, mais si le cannabis était légal, il en fleurirait. Voilà qui fait
toute la différence.

Moins de 10 dollars le kilo

Quel serait donc le coût de production
du cannabis avec des méthodes avancées ? Un point de comparaison nous est
offert avec l’industrie du chanvre, au Canada, avec un coût de production moyen
de 500 dollars par acre (200 dollars par hectare). Si l’herbe qui circule
majoritairement aux Etats-Unis (environ 80% du marché) était produite de la
sorte, le coût de production serait, environ de 40 cents pour 1 kilo de
marijuana : assez pour fabriquer plus de 1500 joints pour moins de 50
centimes ! Ces chiffres sont très optimistes, car, dans les faits, la
marijuana récréative est généralement issue de plants clonés et pas de simples
graines.

Malgré cela, les auteurs notent que « les coûts de production
pour des espèces nécessitant des transplantations, comme les tomates cerises ou
les asperges, ont des coûts de production allant de 5000 à 20000 dollars par
acres (2000 à 8000 dollars par hectare). 
 » Ce qui signifie qu’une
excellente sinsemilia
coûterait environ 40 dollars le kilo, et moins de 10
dollars pour de la marijuana de qualité moyenne.

Une autre manière de
considérer la question, comme le suggère le directeur du NORML de
Californie, Dale Gieringer, est que l’herbe légale devrait coûter sensiblement
le même prix
que « les autres herbes vendues légalement, comme le thé ou le
tabac
 », soit un prix près de « 100 fois inférieur au prix actuel de 10 dollars le
gramme – à peine plus de quelques cents pour un joint.
 »

Ce qui ferait de l’herbe le produit
stupéfiant le moins cher du marché, bien loin devant la bière ou les alcool
forts. Les joints coûteraient à peine plus cher que les sucrettes pour le café.

Transformer l’économie du marché de la marijuana

Que ces données militent en faveur ou
contre la légalisation est matière à débat, selon votre point de vue. La
marijuana circule très librement malgré sa prohibition est il est donc plus que
probable qu’une baisse radicale de son coût entraînerait un surcroît de sa
consommation. Mais on pourrait aussi surtaxer la marijuana pour faire en sorte
qu’elle coûte peu ou prou le même prix qu’aujourd’hui. Mais une taxation trop
importante entraînerait nécessairement des fraudes.

Actuellement, ceux qui font
passer illégalement de la marijuana depuis la frontière mexicaine gagnent en
moyenne une quinzaine de dollars par gramme, et une taxe plus élevée risque donc
d’être difficile à appliquer. Mais une telle taxe serait trois fois supérieure
à la taxation des cigarettes, tout an faisant du marché de l’herbe un marché
très abordable.

Malheureusement la taxation de la marijuana ne changerait pas
radicalement la politique fiscale. Les cigarettes rapportent environ 10
milliards de dollars par an. Même les plus gros consommateurs d’herbe ne
consomment pas autant que les gros fumeurs et même avec une taxation trois fois
supérieure, les revenus pour l’État ne seraient pas très grands – pas
négligeables, mais pas suffisants pour avoir un impact sur le budget américain.

Pourtant, une transformation des structures
économiques de la production de marijuana – avec des effets sensibles pour les
bars, les casinos et tous les lieux et toutes les industries concurrents ou
complémentaires de la consommation d’herbe - seraient énormes. L’inefficacité
superficielle de la prohibition dissimule un impact immense sur une partie de
la production qui, à tort ou à raison, est ce qui empêche aujourd’hui
l’Amérique de planer pour pas un rond.

Matthew Yglesias

Traduit par Antoine Bourguilleau




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Transmis par Syrinx
Sat, 4 Aug 2012 03:09:47 -0700


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