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Deux cent mille français sont des joueurs pathologiques

Aurélie Haroche | jim.fr | vendredi 16 septembre 2011

vendredi 16 septembre 2011

Paris, le vendredi 16 septembre 2011 – La somme pharaonique, 162
millions d’euros, qu’un habitant du Calvados a remportée cette
semaine à l’Euro millions donne unanimement le vertige : à ceux qui
ne se sont jamais hasardés à un jeu de loterie comme à ceux qui
remplissent leur grille très régulièrement. Combien sont-ils
d’ailleurs, ces Français, pour lesquels le jeu d’argent a gagné une
place centrale dans leur vie ? Combien sont-ils à en souffrir ?

Lacune

Ces questions n’avaient jusqu’alors pas de réponse en France. Si
les chercheurs français se sont intéressés aux jeux d’argent, ils
n’avaient encore jamais tenté de déterminer la prévalence du jeu
pathologique dans notre pays. Une équipe de l’Office français des
drogues et des toxicomanies (OFDT) a répondu à cette lacune en
conduisant la première enquête nationale de prévalence sur le jeu.
Celle-ci a été réalisée dans le cadre du Baromètre santé de
l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (INPES)
et ces résultats sont dévoilés aujourd’hui dans la revue Tendances
de l’OFDT.

Cette étude s’est appuyée sur l’Indice canadien du jeu excessif
(ICJE) qui, élaboré en 2000, répond à neuf items destinés à
déterminer si la personne interrogée présente un risque faible,
modéré, excessif ou a contrario nul de souffrir d’addiction aux
jeux d’argent. Le sujet est notamment interrogé sur sa fréquence de
jeux, le montant de ses mises, la sensation recherchée, l’attitude
face aux pertes et la perception de son rapport aux jeux. Les
résultats de ce questionnaire réalisé dans le cadre de l’enquête
Baromètre santé ont été analysés chez 25 034 Français âgés de 18 à
75 ans.

Une différence homme femme assez nette

Il apparaît tout d’abord que jouer de l’argent est une pratique
courante en France : 47,8 % des Français indique s’être adonné à
une telle activité au cours de l’année écoulée. Le jeu régulier (au
mois 52 fois dans l’année) ne concerne cependant que 10,9 % de la
population générale. Dès ces premières questions, une nette
différence s’observe entre les sexes : « les hommes sont plus
nombreux à déclarer une activité de jeu au cours des douze derniers
mois (51,3 %) que les femmes (44,4 %) » écrivent les auteurs. De
même, 13,8 % des hommes déclarent s’en remettre au hasard pour
gagner de l’argent au moins une fois par semaine, contre 8 % des
femmes.

Plus l’on a de diplôme, moins on joue

Les auteurs se sont concentrés sur le profil des joueurs actifs,
c’est-à-dire ceux ayant joué au moins une fois par semaine au cours
de l’année écoulée et/ou ayant dépensé au moins 500 euros au cours
des douze derniers mois. Ils représentent 12,2 % de la population
générale. Cependant, le fait de parier plus de 500 euros est une
tendance plutôt rare qui concerne 39,1 % des joueurs actifs. Plus
souvent des hommes (62,7 %), ils sont en moyenne âgés de 47 ans,
soit un âge plus élevé que ceux déclarant avoir joué au cours de
l’année écoulée. En outre, alors que la population générale des
joueurs ne se distingue pas par leur niveau de revenus ou de
diplômes, les joueurs actifs, eux présentent souvent des niveaux
d’enseignement plus faibles. « Un peu plus d’un joueur actif sur
cinq n’a aucun diplôme (21,6 %) contre 17,1 % en population
générale » notent les auteurs.

Jouer, fumer, boire : les dépendances appellent les dépendances

L’ensemble des joueurs actifs ne présentent pas de caractère
pathologique : les auteurs estiment que 3,7 % d’entre eux peuvent
être considérés comme des joueurs excessifs et que 7,1 % présentent
un risque modéré. En termes de prévalence dans la population
générale, le jeu excessif concerne donc 0,4 % de la population
(soit 200 000 Français) et le risque modéré 0,9 % (400 000). Ces
joueurs pathologiques se distinguent des autres joueurs actifs par
leur sexe : 75,5 % sont des hommes, contre 62,7 % des joueurs
actifs. Ils sont également plus jeunes (âge moyen de 41 ans vs 47
ans). La précarité financière est par ailleurs plus importante :
57,8 % déclare un revenu mensuel inférieur à 1 100 euros contre
34,7 % chez les joueurs actifs pris dans leur ensemble. Ils
semblent en outre souffrir d’une solitude plus marquée : seuls un
peu plus de la moitié vivent en couple (55,2 %), contre 70,7 % des
joueurs actifs. De plus, sans surprise, les mises sont plus élevées
chez les joueurs excessifs puisque près de la moitié dépensent au
jeu plus de 1 500 euros par an. Enfin, il apparaît que la part de
fumeurs, qui atteint 64,2 %, est bien plus élevée chez ces joueurs
pathologiques que chez les joueurs actifs (34 %) et dans la
population générale (30 %). Il en est de même en ce qui concerne
l’alcool : un risque de dépendance à l’alcool est suspecté chez
26,3 % d’entre eux, contre 3,2 % dans la population générale.

Jusque ici tout va bien

La comparaison entre cette première enquête de prévalence du jeu
pathologique en France et les données étrangères révèle des
résultats moindres que dans d’autres pays occidentaux. En Australie
et aux Etats-Unis, le jeu problématique concernerait en effet 5 %
de la population, tandis que des prévalences se situant entre 1 et
2 % ont par ailleurs été enregistrées dans le nord de l’Europe. « 
Avec des prévalences respectivement de 0,4 % pour le jeu excessif
et de 0,9 % pour le jeu à risque modéré, la France se situerait à
un niveau relativement bas » se félicitent les auteurs. Cependant,
cette étude a été réalisée avant l’autorisation des jeux d’argent
en ligne et il demeure encore à déterminer si cette évolution du
marché a entraîné une progression des pathologies liées au
hasard.

 

http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/eftxjcr9.pdf

Aurélie Haroche


Voir en ligne : Deux cent mille français sont des joueurs pathologiques

Messages

  • Gambling France :Questions /Réponses
    Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues prochainement, questions réponses sur les jeux en ligne, le jeu pathologique, excessif, compulsif, addictif….

    LE JEU N’EST PAS UNE MALADIE
    jeu pathologique/ jeu excessif/ jeu compulsif : attention aux idées reçues… et aux conflits d’intérêts


    Jean-Pierre Martignon-Hutin ,sociologue

    1. Les sites de paris en ligne sont-ils dangereux ?

    
Pas plus que les autres jeux d’argent. Après la roulette, les machines à sous, le Rapido, les jeux de grattage, les jeux en ligne sont présentés comme les nouveaux démons de l’enfer du jeu, par la doxa du jeu pathologie maladie. En réalité le jeu et son support sont neutres. Le jeu n’est pas une maladie. Le joueur est responsable. Le joueur est un sujet social. En assimilant le jeu à une pathologie on déresponsabilise les joueurs. Sans joueur, pas de jeu. C’est le joueur qui donne sens au jeu comme l’a démontré le philosophe Jacques Henriot. Les pratiques ludiques excessives ne viennent pas du jeu lui-même ou de son support mais de la biographie, de l’histoire du joueur et de nombreux autres éléments ( socialisation ludique primaire, rapport à l’argent , croyances, culture ludique familiale…). Le joueur est un sujet social. Par contre bien entendu le jeu peut mettre en lumière, voire exacerber, des problèmes sociaux ou personnels, financiers ou conjugaux par exemple.
Le jeu donne à voir sur notre société mais il est illusoire et réducteur de traiter les problèmes sociaux en médicalisant le jeu et les pratiques ludiques de nos contemporains comme le souhaite la doxa du jeu pathologie maladie

    
2. Vous refusez de parler de joueur pathologique...

Le terme jeu problématique épistémologiquement est plus neutre et évite d’associer le jeu à une pathologie sans pour autant nier le « problème ». Lors de l’expertise Inserm on a beaucoup bataillé avec la doxa sur cette terminologie. Je conteste la doxa scientiste du jeu pathologie maladie fortement en conflit d’intérêts dans cette affaire. Les études sur le jeu excessif (souvent contradictoires) prétendent qu’il y aurait entre 1 et 3% de joueurs addicts. Comme par hasard l’Observatoire des drogues tombe dans cette fourchette, mais dans le bas de cette fourchette pour ne pas trop gêner les opérateurs et notamment la FDJ. Drôle de fourchette en réalité qui varie du simple au triple et permet toutes les manipulations. Sommes-nous ici dans la rigueur scientifique ou dans le lobbying. Plus globalement dans notre société du care ( soin mutuel), certains médicalisent des pratiques sociales et culturelles notamment quand elles sont excessives, pour donner bonne conscience aux autorités et aux opérateurs mais aussi pour faire de l’argent ( le business du jeu compulsif). Cette collusion d’intérêts est hypocrite et scandaleuse. C’est l’ensemble des causes et conséquences ( positives et négatives) du gambling qu’il faut étudier sans a-priori. C’est à l’Observatoire des jeux de faire ce travail et non à l’Observatoire des drogues.


    Plusieurs millions d’euros versés au centre de Nantes par la Française des jeux en pleine expertise Inserm, légion d’honneur accroché par Eric Woerth à Marmottan au bon moment, étude de l’Observatoire des drogues qui sort au bon moment mais n’intègre pas les jeux en ligne et accouche d’une souris ( même JF Lamour dans son dernier rapport a reconnu les lacunes de cette étude de 8 pages avant même sa publication ). Tout cela n’est pas très net. Ca sent à plein nez le conflit d’intérets, l’instrumentalisation, la manipulation. La politique des jeux de la France, le secteur économique concerné, l’intérêt général et les joueurs méritent de notre point de vue un autre traitement.

    
3. L’approche médicale pour parler du jeu et de son environnement ne convient pas ?

Il manque une approche socio-antropologique, économique, historique...du gambling. Une approche pluridisciplinaire du jeu, qui est une passion humaine ancestrale, un fait social et culturel. Il y a danger à aborder ces jeux à travers la problématique de l’addiction, car une fois acceptée comme entité morbide individualisée, les jeux de hasard sont analysés comme des formes plus ou moins graves de jeu pathologique. Par ailleurs historiquement il faut savoir que le jeu pathologique est un construit social qui vient, pour la période contemporaine, du lobby des psychiatres américains et de certaines associations.

    

4. Mais vous ne pouvez pas contester qu’il y a des personnes chez qui le jeu pose problème ?

On enfonce des portes ouvertes c’est une évidence que toute pratique excessive « peut » être dangereuse….. dans le jeu comme ailleurs et effectivement des sujet joueurs jouent beaucoup. Encore faudrait il définir cette excessivité. Il ne suffit pas de demander naïvement à un joueur ( à fortiori par téléphone ! ) combien il joue ( comme vient de le faire l’Observatoire des drogues à travers le baromètre santé de la DGS ) pour le savoir. Par ailleurs :
    -  rien ne prouve que le jeu lui-même soit la cause originelle de cette excessivité
    -  rien n’indique que l’excessivité soit forcément synonyme de pathologie.
    Par ailleurs je conteste avec d’autres chercheurs internationaux, la vision d’un joueur désocialisé, forcément seul devant sa machine à sous ou son ordinateur, pour flamber en ligne dans une posture onanistique. Dans les casinos socialités et sociabilités sont nombreuses. On peut facilement engager la conversation, faire des rencontres. Idem pour les jeux d’argent sur Internet ou de nombreux sites existent autour du poker.


    
5. Précédemment, il fallait se déplacer dans des casinos ou au café pour jouer à des jeux d’argent. Avec Internet, les tentations vont être à portée de main, directement au domicile des joueurs...

Arrêtons à nouveau d’enfoncer des portes ouvertes, permanence et proximité sont les principes d’Internet ! C’est pour ça que ça marche et c’est pour ça qu’on a fait une loi sur les jeux en ligne. La légalisation des jeux en ligne va réduire la distance entre le jeu et le joueur et cela va faciliter la vie des joueurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer. Bien entendu il faut faire de l’information prévention, notamment en direction des mineurs et des personnes vulnérables. Mais avant de mettre en œuvre des mesures par trop liberticides, il faut prendre le temps de faire des études sociologiques sur les pratiques ludiques des internautes et la socialisation ludique contemporaine. C’est au Comite Consultatif des jeux (CCJ) et à l’Observatoire des jeux de faire cela de manière sereine et non à l’Observatoire des drogues, qui a d’autres chats à fouetter en matière de toxicomanie et qui en outre n’a aucune compétence en matière de gambling. Pas besoin de construire une usine à gaz, comme actuellement, ou la doxa du jeu pathologie maladie et les opérateurs de jeu (notamment la Française des jeux) verrouillent en réalité le dossier pour contrôler entièrement l’information médiatique et scientifique sur le jeu. 


    6. Les casinos et opérateurs en ligne font-ils assez de prévention ?

Il y a déjà pas mal de prévention, notamment dans les casinos en dur, sur les sites , mais est-ce vraiment aux opérateurs de faire de la prévention et surtout de mesurer l’impact de leur activité comme le fait actuellement la Française des jeux en finançant les études du centre du jeu excessif de Nantes et celles de Lejoyeux. Le conflit d’intérêt est grossier. Plus globalement cela vaut aussi pour l’Etat Croupier qui ne pourra pas éternellement exploiter le gambling et établir les règles en matière de responsabilité, de protection, de taux de redistribution

(TRJ) Par manque d’étude impartiale le TRJ a été dès le départ instrumentalisé par Eric Woerth vis à vis de la problématique de l’addiction et maintenant comme les jeux en ligne marchent moins que prévu, les responsables du dossier retournent leur veste et veulent augmenter le TRJ. Ce n’est pas une politique des jeux cohérente. C’est une politique courtermiste, girouette, qui favorise instrumentalisation, conflit d’intérets, lobbying. Il faut développer la recherche sur le jeu en France et ce n’est pas à L’observatoire des drogues de le faire et encore moins à la FDJ via le centre du jeu excessif de Nantes avec la caution scientifique de Marmottan. Ce n’est pas à ceux qui veulent soigner les joueurs, former des thérapeutes spécialisés, de mesurer le jeu problématique. Ils sont forcément en conflit d’interets et n’ont pas du tout intérêt en réalité à ce que le jeu excessif disparaisse, bien au contraire. C’est le principe même de l’usine à gaz. Certes les opérateurs – et notamment la FDJ - croit contrôler la situation. Un jour ils s’en mordront les doigts. Attention à l’effet boomerang.

    7. Que préconisez-vous alors pour limiter les risques ?

Il faut les mesurer avant de les limiter. Par ailleurs il faut favoriser la concurrence et développer un consumérisme ludique. Je préconise la création d’une autorité de régulation unique et indépendante ( qui intégrerait l’Arjel) , à l’image de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Il faut éviter les doublons , travailler conjointement sur les jeux en ligne et les jeux en dur. Pour l’aspect recherche/expertise il faut faire fonctionner l’observatoire au service de cette autorité. Actuellement ce n’est qu’une commission dominée en outre par la doxa du jeu pathologie maladie et certaines associations familiales. C’est pas sérieux. La doxa du jeu pathologie maladie et la FDJ font tout en réalité pour qu’un véritable Observatoire des jeux d’argent scientifique ne soit pas installé, cela bousculerait leurs petits arrangements entre amis et leur business respectif. La clause de revoyure doit être l’occasion de faire évoluer la situation dans un sens favorable à l’intérêt général.

    © 
JP Martignoni-Hutin , Lyon (France), 179, septembre 2011

  • ARJEL, JEU & CANNABIS : l’imposture intellectuelle de Terra Nova

    Jean-Pierre G. MARTIGNONI-HUTIN*


    Certains addictologues et certains lobbies, qui bataillent depuis des lustres pour dépénaliser les drogues - notamment la marijuana - ne manquent pas d’air. Ils viennent de lancer l’idée saugrenue de « légaliser le cannabis de la même façon que les jeux d’argent en ligne » (1) en créant une autorité de régulation. Terra Nova, un think-tank proche du Parti socialiste a publié une contribution très engagée, que nous éviterons de qualifier d’étude « scientifique » par précaution épistémologique : « Contrôler le marché légalisé du cannabis en France : L’EXEMPLE FONDATEUR DE L’ARJEL « (2) On ne voit pas très bien le rapport entre l’Autorité des Jeux en Ligne - qui régule le poker, les paris hippiques et sportifs - et le cannabis. L’ARJEL - présidée par Jean François Vilotte (2010-2014) et ensuite par Charles Coppolani - apparaît ici sciemment instrumentalisée. Sortir une énième étude sur les « vertus » du chanvre et « l’urgence » à le dépénaliser, cela n’aurait pas fait trois lignes dans les journaux. Associer cette propagande à l’institution de la rue Leblanc ( siège de l’ARJEL à Paris dans le 15°) cela fait tout de suite plus sérieux, d’autant que l’autorité de régulation vient de publier son rapport d’activité 2015-2016 (3).
    L’imposture intellectuelle apparaît grossière. Pas certain cependant que l’ARJEL, son Président, ses personnels, apprécient cette instrumentalisation ; pas sur que les joueurs acceptent que leur activité ludique digitale - et l’instance chargée de réguler le e.gambling - soit associée au haschich. Souhaitons que les opérateurs de jeux en ligne montent au créneau pour dénoncer cette instrumentalisation de leur autorité de tutelle. Souhaitons également que les opérateurs de jeux en dur se mobilisent par solidarité et pour signaler que « l’économie des jeux de hasard et d’argent » n’a rien à voir avec le cannabis.
    Ca fait bien d’être pour la dépénalisation du cannabis
    Effet dépêche AFP oblige, la plupart des journaux se contentent de reprendre pro domo les arguments de ce groupe de pression - qui se qualifie lui même de « progressiste « (4) - sans émettre la moindre critique, bien au contraire. « Et si c’était la bonne idée » s’interroge Eric Favereau dans Libération dans un article ou le titre comporte un jeu de mots à la Libé d’une banalité affligeante (5) Et si c’était « un nouveau débouché à l’agriculture française ? » questionne L’Express (6), tentant de nous faire croire que pour les agriculteurs français « le bonheur serait dans l’Herbe » comme « l’amour est dans le pré »
    Dans ce domaine comme dans d’autres, le consensus totalitaire du politiquement correct contemporain a envahi depuis longtemps une bonne partie des organes de presse. Terra Nova jouent sur la lâcheté et la bobo-attitude des médias parisiens. Ca fait bien d’être pour la dépénalisation du cannabis, pour les salles de shoot… La pensée critique peu ou prou disparaît malgré le travail de « résistance » effectué par certains journalistes et certains intellectuels, par exemple Régis Debray sur France Culture

    Jean Marie Leguen
    Heureusement dans cette affaire, tous les médias ne cèdent pas au laxisme et à la démagogie ambiante. Plusieurs magazines réputés pour leur sérieux – par exemple le Point - soulignent « le parallèle audacieux de Terra Nova : cannabis et jeux en ligne » (7) En ce qui nous concerne, nous qualifierons ce parallèle de fallacieux, voire de tendancieux, c’est à dire qu’il utilise une argumentation qui n’est pas objective et manifeste insidieusement une tendance idéologique, un parti pris. Que le Parti socialiste (avec Jean Marie Leguen monté au créneau sur BFMTV en avril 2016 pour plaider la légalisation de cette drogue) veuille faire du cannabis « un enjeu de 2017 » (8) pour racoler les jeunes électeurs et amadouer les écologistes, c’est sont affaire. Mais qu’il laisse les jeux d’argent, l’ARJEL et les joueurs tranquilles.
    Cette étude en réalité, ressemble à une très contestable « pétition de principe » - en latin scolastique petitio principii - qui nomme un raisonnement fallacieux dans lequel on suppose dans les prémisses la proposition qu’on doit prouver. Dès lors, la conclusion de la pétition de principe se confond avec tout ou partie des prémisses. Cette « pétition » est signée Jean Michel Costes, C. Ben Lakhdar (économiste, cnrs Lille) aidés par S. Karsenty (cnrs, Nantes) Mon Dieu CNRS, que n’écrit-on pas en ton nom.
    Jean Michel Costes
    Démographe (donc spécialiste des drogues !) JM Costes n’est pas totalement inconnu. Ancien responsable de l’Observatoire Français des drogues et toxicomanies (OFDT) il a été licencié en 2011. Il se permettait d’émettre des tribunes en faveur des salles de shoot contre l’avis de son directeur Etienne Apaire, responsable de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) devenue en 2014 la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et les Conduites Addictives). Mais la République n’est pas toujours rancunière avec ceux qui violent les règles éthiques et déontologiques… quand ils possèdent peut être par ailleurs des appuis politiques. JM Costes a été nommé responsable des études à l’Observatoire des jeux (ODJ) dont le Président était jusqu’à une date récente… Charles Coppolani, l’actuel président de l’ARJEL. Le monde est petit mais les ambitions sont grandes. JM Costes mène depuis quelques mois à l’ARJEL un sondage sur l’addiction aux jeux en ligne.
    L’Académie Nationale de Médecine et l’Académie Nationale de la Pharmacie contre la dépénalisation du cannabis

    Ces partisans obsessionnels de la dépénalisation du « H » et des opiacés soutiennent contre toute attente, dans une logique qui défie la raison, que c’est en favorisant la commercialisation du cannabis qu’on en diminuera sa consommation, tout en éradiquant la délinquance et autres règlements de compte liés au commerce de la came… pas seulement à Marseille.
    Remarquons au passage que ces spécialistes ne proposent pas les mêmes solutions selon les produits. Pour les drogues (douce et dures) il faut dépénaliser, libéraliser et même distribuer gratuitement - au frais du contribuable (9) - subutex (10), méthadone (11), devenus l’objet d’un important et scandaleux trafic. Pour les autres addictions (alcool, tabac et jeux d’argent désormais) il faut limiter, interdire, fiscaliser, restreindre toujours plus. Ces « scientifiques », citoyens adultes responsables, qui veulent faciliter l’achat du cannabis chez les jeunes, ne disent pas un mot des recommandations des autorités médicales et notamment celles de l’Académie Nationale de Médecine (12) fortement opposée à cette dépénalisation du shit, comme l’est également l’Académie Nationale de la Pharmacie (13). Ces organismes observent « que dans les pays ayant légalisé l’usage du cannabis, le constat est le suivant
     banalisation du produit et augmentation du nombre de nouveaux usagers (aux États-Unis, la comparaison inter-états indique que la prévalence d’usage est plus importante dans les états ayant légalisé que dans les autres) ;
     augmentation du nombre de personnes dépendantes ;
     accès plus facile à des variétés nouvelles et plus concentrées en principe actif (THC) ;
     augmentation du risque de passage à d’autres drogues dures ;
     explosion de l’auto culture
     augmentation du nombre d’hospitalisations pour intoxications aiguës et chroniques ;
     augmentation du nombre de cas d’ingestion accidentelle de cannabis par des enfants ;
     augmentation du nombre d’accidents de la route liés au cannabis. « (14)
    Cette France là, nous n’en voulons pas.

    Mais ne soyons pas dupe, ces apprentis sorciers qui veulent au forceps faciliter la propagation du chichon, ne sont pas de doux rêveurs. Ils savent tout cela. S’ils jouent aux pompiers pyromanes c’est dans une stratégie à double impact. Ils défendent des intérêts professionnels, personnels, idéologiques et financiers et se moquent bien en réalité de santé publique, contrairement à ce qu’ils affirment. Nous reviendrons dans de prochaines contributions sur toutes ces questions qui concernent en réalité la Politique : Politique Des Jeux, Politique de lutte contre les drogues. Si, par la volonté du Peuple, la débâcle socialiste se confirme lors des prochaines échéances électorales, il faudra revoir sérieusement ces politiques, comme le souhaite certainement une grande majorité de Français.
    Certes en tant que sociologue spécialisé sur les jeux de hasard et d’argent (JHA) certains pourront considérer que les drogues, le H, le pétard et autre shit, « cela ne nous regarde pas ». Mais nous sommes aussi citoyen.
    Cette France ou « un adolescent sur deux fume du cannabis (cela signifie que 15% d’entre-eux vont devenir accro » (15) d’après le chercheur Pier Vincenzo Piazza) (16)
    Cette France ou l’on a inauguré officiellement le 11 octobre 2016, la première de shoot dans le quartier de la gare du Nord à Paris (17)
    Cette France là, nous n’en voulons pas.
    Nous avons d’autres ambitions, d’autres desseins pour notre « douce France »

    Jean-Pierre MARTIGNONI.

    Trois ajouts en forme de post scriptum :
    1/ L’addiction (notamment au cannabis) on peut « en sortir » comme l’explique Marc Valleur (avec qui nous avons fondé l’Observatoire des jeux il y a bien longtemps !!) dans un chat publié récemment dans Psychologies.com (18).
    2/ La consommation de drogue et de cannabis chez les jeunes n’est pas une fatalité comme l’indique les résultats de l’enquête internationale ESPAD 2015 ( 19 ) Si l’usage du cannabis concernerait ( le conditionnel est de rigueur car on peut en épistémologue s’interroger sur la qualité scientifique d’une étude quanti sur la drogue à partir d’un questionnaire auto administré en direction de jeunes populations sur un sujet sensible, transgressif et certainement encore tabou) 44% des lycéens consommeraient du cannabis en 2015, contre 49% en 2011. Mais ce taux tombe à 17% à 16 ans. Curieux. Le cannabis comme rite de passage éphémère et non comme addiction, on peut s’interroger
    3/ Sur la politique de la méthadone et du subutex, la dépénalisation des drogues et du cannabis lire le texte de Christian Bucher, (psychiatre, avec qui nous avons fondé l’observatoire des jeux il y a bien longtemps !!) « Politique de la méthadone ? (20) où il dit notamment :
    a/ : s’agissant du social, faire l’impasse sur le détournement de méthadone, voire le trafic, à partir de prescriptions médicales en les tenant pour négligeables dans le cadre de la politique dite « de réduction des risques » nous semble déjà… risqué… pour les patients en premier lieu.
    b/ citant Alexandre Adler (21) : « une dépénalisation serait « vécue par des âmes faibles comme un encouragement à aller sans cesse plus loin ».

    © jean-pierre martignoni-hutin, lyon, France, octobre 2016

    Notes
    1. « Terra Nova propose de légaliser le cannabis de la même façon que les jeux d’argent en ligne »Bérénice Rebufa. konbini.com (4/IO/2016)
    2. « Contrôler le marché légalisé du cannabis en France : L’EXEMPLE FONDATEUR DE L’ARJEL (Terra Nova, 4 octobre 2016, 24 pages)
    3. ARJEL, rapport d’activité 2015-2016, 53 pages (22 septembre 2016)
    4. « Terra Nova la fondation progressiste » lit-on sur son site internet
    5. Eric Favereau « Cannabis : l’ébauche d’un plant : Un rapport publié ce mardi par le think tank Terra Nova propose la création d’une autorité de régulation, comme cela s’est fait avec les jeux en ligne, et préconise une dépénalisation. »(Libération 4 octobre 2016)
    6. La légalisation du cannabis, "un nouveau débouché à l’agriculture française" ? (L’express, 4/IO/2016)
    7. Cannabis et jeux en ligne : le parallèle audacieux de Terra Nova (Le Point, 4/IO/2016)
    8. « Le PS veut faire du cannabis un enjeu de 2017 » (Anne Rovan, 12/4/2016, La Figaro)
    9. La lutte contre la toxicomanie coute chaque année 1,5 milliards d’euros (chiffre cité par le chercheur de l’Inserm Pier Vincenzo Piazza dans le Point du 7 avril 2016 page 83)
    10. extrait de sciences et avenir : « quels sont les effets du subutex » (27/2/2015) : « Le subutex comme la méthadone sont devenus l’objet d’un important trafic sans pour autant réduire le commerce « traditionnel » de l’héroïne : « Le Subutex, d’abord autorisé sur prescription médicale comme substitut à l’héroïne pour accompagner le sevrage des toxicomanes, pose de plus en plus un problème tant sur le plan de la santé publique que par rapport au trafic dont il est devenu l’objet. C’est ainsi qu’à l’île Maurice à la fin du mois de janvier 2015, une française a été condamnée à 20 ans d’emprisonnement pour possession de 1613 cachets de Subutex. "Le comprimé de Subutex s’achète entre 2 et 3 euros sur ordonnance en pharmacie. Il se revend environ 5 euros dans les rues de Paris et jusqu’à 100 en Géorgie", explique le lieutenant-colonel André Brothier, de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants.
    11. Sur la méthadone lire l’article de Christian Bucher : « Politique de la méthadone « (La revue lacanienne 2010/1 (n°6) et celui d’Alexandre Adler : « la drogue et la politique « (Le Figaro du 9 février 2008
    12. Légalisation du cannabis l’académie de médecine a déjà dit non « (5/IO/2016, feminactu.com)
    13. « L’Académie nationale de pharmacie s’oppose à la dépénalisation du cannabis » (9 mais 2016, topsante.com)
    14. « DÉPÉNALISATION DU CANNABIS : L’ACADÉMIE DIT NON, PREUVES À L’APPUI ! (communiqué de l’académie nationale de pharmacie 25 avril 2016)
    15. « le chercheur qui défie les lois de l’addiction « (le Point du 7 avril 2016
    16. Le professeur Piazza dirige le neurocentre Magendie de l’INSERM à Bordeaux Il a réalisé une thèse en I988 dans les laboratoires du professeur Michel Le Moal
    17. « salle de consommation à moindre risque : lancement de l’expérimentation à Paris « (flash info MILDECA du 11/IO/2016
    18. « Comment sortir d’une addiction ? « (Psychologies.com du 7/10/2016)
    19. Les drogues durant les années lycées, publication des premiers résultats de l’enquête ESPAD 2015 « (Flash info MILDCA du 20/9/2016
    20. Bucher Christian, « Politique de la méthadone ? », La revue lacanienne 1/2010 (n° 6)
    21. Alexandre Adler : « la drogue et la politique « (Le Figaro du 9 février 2008

    22. Salle de consommation à moindre risque : lancement de l’expérimentation à Paris


    Ben Lakhdar, Jean-Michel Costes, le 04(*)

    • Sociologue - Chargé d’étude
    • Chercheur associé au Centre Max Weber ( CMW équipe TIPO, Université Lyon 2)
    • Autorité de Régulation des Jeux en Ligne
 (ARJEL) (2011-2015)

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