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Internet : immigration reussie de l’extreme droite

Alexandre Léchenet | owni.fr | 17 mai 2011

mardi 17 mai 2011

Face à la stratégie de diabolisation qu’opèrent les médias grand public vis à vis de l’extrême droite, il est difficile pour ses leaders de se faire entendre, et de faire entendre leurs causes. C’est en substance le cadre de l’intervention de Jean-Yves Le Gallou le 25 octobre 2008. Ancien cadre du FN puis du MNR et fondateur du think-tank Polemia, il s’inspire du théoricien communiste Antonio Gramsci pour inciter les militants d’extrême-droite à investir massivement le web. Il développe son argumentaire en 12 thèses.

Les instruments utilisés pour influencer l’opinion n’ont jamais été aussi puissants [mais] ces moyens d’influence ont été utilisés par les élites dominantes pour imposer une idéologie de rupture avec les traditions du passé.

Raillant une idéologie du politiquement correct, il trouve en Internet “un instrument de mobilisation, un moyen de construire sa réflexion et son action de manière indépendante” et surtout “un moyen de contourner la diabolisation“. Il donne donc comme conseil aux militants d’extrême droite d’augmenter le contenu disponible.

Une présence historique

L’extrême droite n’avait pas attendu Jean-Yves Le Gallou pour asseoir sa présence sur Internet. Il avait été, en 1995, un des premiers partis à s’installer sur ce nouveau média. En 2004, Datops prétend que le Front National est le plus présent parmi les forums politiques de Usenet. Une page explique même en 2006 aux militants sur quels forums s’inscrire et comment s’y comporter. Le but est d’occuper le terrain pour “prendre la température sans le filtre des médias” et de prendre des contacts pour diffuser les idées. Un rédacteur de la Section Numérique du PS expliquait à l’époque comment, en observant les listes de discussion, on pouvait suivre les militants d’extrême droite se synchroniser pour lancer des discussions, se coordonner dans leurs réponses ou calmer l’ardeur des militants trop expansifs.

Des espaces libérés

En 2003, le MRAP avait sorti un rapport sur la Naissance d’une nouvelle extrême droite sur Internet pour “provoquer une prise de conscience sur la montée de cette islamophobie“. Principalement concentré sur SOS-Racailles, un forum reprenant la charte de SOS Racisme pour dénoncer le racisme anti-blanc et la “racaille” des banlieues, le rapport tente de démasquer les personnes tenant les différents sites pour alerter les autorités. Le réseau autour de SOS-Racailles se concentrait autour de l’hébergeur Liberty-web, basé aux USA. Selon Transfert.net, parmi les 26 sites visibles sur le portail de Liberty-web, 24 étaient “ouvertement racistes, nationalistes, catholiques intégristes, royalistes ou sionistes extrêmes“.

La réinformation

Face à ce qu’ils considèrent comme une idéologie dominante et une hégémonie culturelle, les militants d’extrême droite pratiquent sur Internet ce qu’ils qualifiient de “réinformation”. C’est notamment le rôle que veulent jouer l’agence de presse indépendante Novopress ou le site fdesouche. Ce site, démarré en 2005, présente tous les jours une revue de presse, légèrement biaisée. Célèbre pour de nombreux buzz, notamment une vidéo montrant un prof agressé à Porcheville. Il avait également servi de caisse de résonance dans l’histoire de l’agression d’un jeune dans un bus par des “racailles”.

Un des leviers à leur disposition pour essaimer leurs idées est leur présence sur les forums, notamment de jeunes. Ainsi, en 2008, Justine Brabant, du site Arrêt sur image, soulignait les stratégies d’installation des militants dans le forum 15-18 de JeuxVideo.com, et de la communauté noëliste, un groupe formé par les habitués du forum, qui se rassemble autour d’un smiley “Père Noël”. Les commentateurs de fdesouche estimaient que cette communauté, similaire dans l’esprit à 4chan, où les jeunes repoussent les limites du bon goût et le sens des valeurs, formerait un terrain favorable aux idées de fdesouche.

Investir les réseaux sociaux

Jean-Yves Le Gallou n’a fait que pointer du doigt un phénomène déjà bien en place. À la fin de sa déclaration, il le remarque en se félicitant :

Je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle entre l’arrivée d’Internet dans les années 1995 et la montée progressive des mouvements populistes en Europe. [...] Ne boudons pas les bonnes nouvelles !

Aujourd’hui, les militants investissent les médias sociaux, faisant du Front National et du Parti Anti-Sioniste les deux partis les plus populaires sur Facebook. À l’heure où le FN souhaite se dédiaboliser, les militants assument de plus en plus facilement leurs positions. Et Internet permet une libération de la parole publique et sort les gens de leur isolement, trouvant des personnes similaires près de chez eux.

En avril 2010 d’ailleurs, Jean-Yves Le Gallou remet à jour ses thèses en parlant de la presse qui désinforme et d’Internet qui réinforme. L’occasion pour lui de reconnaître le travail accompli sur Internet et d’indiquer le nouveau terrain à conquérir pour l’extrême droite : l’humour.


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