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A propos de la reconnaissance d’un Etat Palestinien : l’analyse de Haidar Eid

europalestine.com | dimanche 1er mai 2011

dimanche 1er mai 2011

Haidar Eid, militant palestinien indépendant du Fatah et du Hamas, vivant à Gaza, met en garde contre les déclarations d’indépendance qui ne garantiraient ni la liberté, ni l’émancipation aux Palestiniens, mais une autonomie sur des fragments de terre palestinienne, sans véritable souveraineté, contrôle des frontières, de réserves hydriques, ni possibilité de retour des réfugiés.

"Déclarer l’indépendance d’un Bantoustan

L’ « euphorie induite », qui caractérise parmi les principaux médias les discussions au sujet de la déclaration à venir d’un Etat palestinien indépendant en septembre, ignore la rudesse des réalités sur le terrain et les avertissements de commentateurs critiques. Dépeindre une telle déclaration comme une « percée » et comme un « défi » au défunt « processus de paix » et au gouvernement droitiste d’Israël ne sert qu’à occulter le continuel déni par Israël des droits des Palestiniens tout en confortant la ratification implicite par la communauté internationale d’une situation d’apartheid au Moyen-Orient.

Le mouvement pour la reconnaissance est conduit par Salam Fayad,, le Premier Ministre désigné de l’Autorité Palestinienne (AP) basée à Ramallah. Il se fonde sur la décision prise au cours des années 1970 par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) d’adopter le programme plus souple d’une « solution à deux Etats ». Ce programme soutient que la question palestinienne, qui est au cœur du conflit israélo-arabe, peut être résolue par l’établissement d’un « Etat indépendant » en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, avec Jérusalem-Est pour capitale. Selon ce programme, des réfugiés palestiniens retourneraient vers l’état de « Palestine », mais non vers leurs demeures en Israël, qui se définit lui-même comme « l’état des Juifs ». Pour autant, l’ « indépendance » ne prend pas en compte cette question, pas davantage qu’elle ne prend en considération les appels à transformer la lutte en un mouvement anti-apartheid, émanant de 1,2 million de Palestiniens de nationalité israélienne, qui sont traités comme des citoyens de troisième zone.

Tout ceci est supposé entrer en vigueur après que les forces israéliennes se seront retirées de Cisjordanie et de Gaza. Or ne s’agira-t-il que d’un redéploiement de forces comme on a pu le voir durant la période d’Oslo ? Les promoteurs de cette stratégie prétendent pourtant que l’indépendance garantit qu’Israël traitera comme un seul peuple les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie et que la question palestinienne peut être résolue conformément au droit international, en donnant de ce fait satisfaction aux droits politiques et nationaux basiques du peuple palestinien.

Laissons de côté le fait qu’Israël tient jusqu’à 573 barrages et points de contrôle permanents à travers la Cisjordanie, sans compter 69 points de contrôle « volants » additionnels ; et il se peut que vous préfériez aussi ignorer le fait que les colonies « purement juives » existantes ont annexé plus de 54% de la Cisjordanie.

Lors de la conférence de Madrid en 1991, Yitzhak Shamir, alors Premier Ministre d’un gouvernement de « faucons » n’avait pas même accepté le « droit » palestinien à une autonomie administrative. Avec l’arrivée du gouvernement de « colombes » Meretz/Travailliste, conduit par Yitzhak Rabin et Shimon Peres, les dirigeants de l’OLP ont mené en Norvège des négociations de derrière le rideau. En signant les Accords d’Oslo, Israël se trouvait dégagé du lourd fardeau d’administrer Gaza et les sept villes surpeuplées de Cisjordanie. La première intifada s’est terminée par une décision officielle – et secrète – de l’OLP, sans atteindre ses objectifs nationaux intérimaires, notamment « liberté et indépendance », et sans l’accord du peuple que l’OLP était censée représenter.

La même idée d’ « Indépendance » a d’abord été rejetée par l’OLP, parce qu’elle ne répondait pas aux « droits légitimes minimaux » des Palestiniens, et parce qu’elle est l’antithèse de la lutte palestinienne pour la libération. Ce qui est proposé en lieu et place de ces droits est un Etat qui n’a d’existence que nominale. En d’autres termes, les Palestiniens sont contraints d’accepter une pleine autonomie sur une fraction seulement de leur terre et ne doivent jamais penser en termes de souveraineté, de contrôle des frontières, de réserves hydriques, et plus important que tout, de retour des réfugiés.

Tels furent les Accords d’Oslo, et telle est aussi la « déclaration d’indépendance » projetée. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le Premier Ministre Benjamin Netanyahu déclare qu’il « pourrait donner son accord à un Etat Palestinien par l’intermédiaire de négociations ».

Cette déclaration ne promet pas davantage d’être en accord avec le plan de partage des Nations Unies en 1947, qui ne garantissait aux Palestiniens que 47% de la Palestine historique, même s’ils représentaient plus des deux tiers de la population. Une fois déclaré, le futur état palestinien « indépendant » occupera moins de 20% de la Palestine historique. En créant un Bantoustan, et en le dénommant « Etat viable », Israël va se débarrasser du fardeau de 3,5 millions de Palestiniens. L’AP gouvernera le plus grand nombre de Palestiniens sur le plus petit nombre de fragments de territoire – fragments qu’il nous est loisible d’appeler "l’Etat de Palestine ». Cet « état » sera reconnu par des dizaines de pays – ce qui doit rendre fort envieux les infâmes chefs tribaux bantous d’Afrique du Sud !

On peut seulement supposer que l’ « indépendance » tellement glosée et célébrée ne fera que renforcer le rôle joué à Oslo par l’Autorité Palestinienne. C’est-à-dire de prendre des mesures de police et de maintien de l’ordre destinées à désarmer les groupes de résistance palestinienne. Telles furent les premières exigences imposées aux Palestiniens à Oslo en 1993, à Camp David en 2000, à Annapolis en 2007, et à Washington l’an dernier.

Dans le même temps, dans le cadre des négociations et des demandes, aucun engagement ou aucune obligation ne sont imposées à Israël. Tout comme les Accords d’Oslo signifiaient la fin de la résistance populaire et non violente de la première intifada, cette déclaration d’indépendance a un but similaire, à savoir de mettre un terme au soutien international croissant en faveur de la cause palestinienne, qui s’affirme depuis l’assaut d’Israël contre Gaza au cours de l’hiver 2008-2009 et son attaque contre la Flotille de la Liberté en mai dernier.

Et cette déclaration échoue à assurer aux Palestiniens un minimum de protection et de sécurité contre les futures agressions et atrocités israéliennes. L’invasion et le siège de Gaza ont été une conséquence d’Oslo. Avant la signature des Accords d’Oslo, jamais Israël n’avait utilisé à plein son arsenal de F-16, de bombes au phosphore et d’armes à sous-munitions à Gaza et en Cisjordanie. Plus de 1200 Palestiniens ont été tués de 1987 à 1993 durant la première intifada. Israël a surpassé ce chiffre pendant les trois semaines de son invasion en 2009 ; il s’est arrangé pour tuer brutalement plus de 1400 personnes dans la seule Bande de Gaza. Ceci, sans comptabiliser les victimes du siège mis en place par Israël depuis 2006, et qui s’est caractérisé par des bouclages et des attaques israéliennes répétées, avant et depuis l’invasion de Gaza.

Au bout du compte, ce que cette supposée « déclaration d’indépendance » offre au peuple palestinien n’est qu’un mirage, une « patrie indépendante » qui n’est qu’un bantoustan travesti.

Même si elle est reconnue par tant de pays amis, elle est impuissante à accorder aux Palestiniens la liberté et l’émancipation. Un débat critique – donc opposé à celui qui est dévoyé et démagogique – exige l’examen attentif des distorsions de l’histoire par de fausses représentations idéologiques. Ce dans quoi il faut s’impliquer, c’est une vision historique et humaine des questions palestinienne et juive, une vision qui ne dénie jamais ses droits à un peuple, qui garantisse une complète égalité, et qui abolisse l’apartheid – au lieu de reconnaître un nouveau Bantoustan 17 ans après la chute de l’apartheid en Afrique du Sud."

Source : http://al-shabaka.org/declaring-independent-bantustan

(Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestine


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