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L’emprise de l’image, de Guantanamo à Tarnac, un bouquin de Jean-Claude Paye

Jean-Claude Paye | yvesmichel.org/ | octobre 2011

lundi 31 octobre 2011


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Dans son livre L ‘emprise de l’image, De Guantanamo à Tarnac , Jean-Claude PAYE articule critique juridique, politique et concepts de la psychanalyse. Il porte sur l’annulation de la fonction du langage au profit du règne de l’image .


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Ce paradigme est propre à la post
modernité et la « lutte
antiterroriste » en rend compte. La
question du langage apparaît actuellement
comme une urgence. Il est nécessaire de se
réapproprier ce territoire.

C’est une critique très radicale de notre société moderne et de ses dérives liberticides sous des justifications sécuritaires…

Le discours de la lutte
« antiterroriste »
opère un renversement de l’ordre juridique
et politique. La mise en scène de l’abandon
des droits de la défense ou de la fin de la
séparation des pouvoirs atteste de ce
retournement. Cette mise en avant exclusive de
l’image nous engage cependant dans une
transformation plus profonde, celle d’une mutation
de l’ordre symbolique de la société,
de ce qui fait de nous des
« parlêtres ».

La langue de la lutte antiterroriste
assure le passage d’une
société construite à partir
de la primauté du
langage

(névrotique), à une
société psychotique basée sur
la prégnance de l’image.

Un individu devient terroriste,
non pas pour avoir commis un acte
déterminé, mais parce qu’il est
montré comme tel

. L’image du terrorisme est englobante. Elle
dissous le caractère séparateur du
langage. L’acte et l’organisation terroristes
n’acquièrent une matérialité
que comme objets du regard du pouvoir. Nous ne
percevons plus ces objets, ce sont ceux ci qui
nous regardent. Ils nous enferment dans la
passivité, dans le laisser faire. Le fait
que l’annulation de nos libertés prenne la
forme de la loi nous indique qu’il s’agit avant
tout d’obtenir notre
consentement
, de
promouvoir la participation des citoyens à
leur abandon. La loi est renversée en son
contraire. Elle devient suppression de toute
limite à la volonté de puissance du
pouvoir.

Jean-Claude PAYE éclaire de son
regard sociologique et psychanalyste trois
affaires emblématiques de ce
processus : « 
l’affaire de Tarnac », la
prison de Guantanamo, et les procès
des filières kamikazes et
irakiennes en Belgique.

Quelques extraits :

L’affaire de Tarnac.

« Pendant le déroulement
de l’affaire, un double discours est
développé : il n’y a aucune preuve
contre les inculpés, mais les coupables ne
peuvent être que les personnes
arrêtées.

Grâce à la subjectivation du
droit pénal, les poursuites en
matière de terrorisme ont pour base la
formation d’une image destinée à
diaboliser les inculpés. L’affaire Tarnac
s’inscrit dans cette règle. Cependant, elle
se spécifie par le caractère
purement abstrait de l’image produite. Afin de
poser sur eux un regard qui les désigne
comme des « terroristes »,
c’est la notion « d’ennemi
intérieur », que les
inculpés ont d’eux-mêmes, qui est
convoquée. À aucun moment
n’apparaît un quelconque acte
délictueux. »

« Diaboliser les prisonniers
afin de faciliter leur condamnation, n’est que
l’aspect secondaire de l’affaire. L’essentiel
consiste dans le fait de nous placer dans un
rapport intime avec le
« réel » du
terrorisme, de nous mettre dans une position
d’accueil de ces images. Cette passivité
est en fait activité, participation au
laisser faire, au laisser montrer. »

« Ce qui spécifie la
transformation du langage dans le cadre juridique
et plus globalement dans toute la
postmodernité, ce n’est plus le travail sur
les mots, mais leur remplacement par des images.
Le caractère englobant de ces
dernières se substitue au
caractère séparateur des premiers
qui différencient, non seulement les objets
entres eux, mais opèrent une distinction
entre la chose et sa
représentation. »

L’image se substitue au langage.

« Un tel niveau d’exploitation
nécessite que les individus consentent
à leur destruction, c’est à dire
renoncent à leur existence, tout en
jouissant de cet abandon. On continue à
appeler démocratie cette recherche du
consentement. La prégnance de la pulsion
scopique répond à une exigence de
renoncement à la conscience. Ainsi,
les organisations humaines soumises à
cette pulsion n’ont plus aucune dimension
imaginaire. Or, c’est ce registre qui est le
principe instituant de la société,<a
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href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftn1">[1]
celui qui arrache l’homme à l’état
de nature. »

« L’objectif de ces
législations n’est donc pas de s’attaquer
à des individus ou des groupes
particuliers, ayant commis ou susceptibles de
commettre des attentats. Il ne consiste pas dans
le combat contre un quelconque ennemi
intérieur ou dans la neutralisation
d’opposants politiques. Il s’agit de signifier
à l’ensemble des citoyens qu’ils sont
entièrement déterminés par le
regard que le pouvoir porte sur eux. »

« La
généralisation de la
détention préventive est devenue, en
France, une des bases sur laquelle se
réorganise le rapport entre le pouvoir et
le citoyen. Il s’agit là d’une pratique
devenue commune, par laquelle l’État
signifie aux individus que, dans les faits, il
remet en cause leur droit fondamental à
disposer d’eux mêmes. »

« Si la détention
préventive devient une pratique
généralisée, l’explosion de
la garde à vue est aussi à replacer
dans ce cadre. Rien que pour 2008, on arrive au
chiffre de 750.000 et même 900.000, selon
les différentes sources<a
moz-do-not-send="true"
href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftn2">[2].
La plupart des personnes ressortent sans que des
poursuites soient engagées<a
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href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftn3">[3].
Dans la très grande majorité des
cas, cette détention ne se justifie pas des
conditions de sécurité ou pour les
besoins de l’enquête. Si l’on couple ces
éléments avec les conditions
d’incarcération, il apparaît que
ces procédures s’expliquent
essentiellement par un besoin d’humilier les
personnes interpellées et leur
signifier, ainsi qu’à leur entourage,
la précarité de leur existence
face à la jouissance du
pouvoir. »

« Ce mode opératoire
consiste à confondre la perception et le
regard. Il met en crise l’ordre des
échanges du langage et de la parole. Le
fétiche peut ainsi atteindre son but, la
réalisation de l’idéal
du pouvoir : porter l’effroi dans le
regard du spectateur et ainsi empêcher
toute symbolisation, toute
représentation du
réel. »

href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftnref1">[1]
Cornelius Castoriadis, L’institution
imaginaire de la société,

Seuil, 1975.

href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftnref2">[2]
Gérard Bon, « Le gouvernement
dément « oublier »
300.000 gardes à vue »,
Le Monde avec l’agence Reuters,
le 27 janvier 2010.

href="http://www.yvesmichel.org/editions/wp-content/plugins/mailpress/mp-includes/#_ftnref3">[3]
« Le nombre de gardes à vue est
minoré », Interview de
Jean-Marie Delarue, contrôleur
général des lieux de privation de
liberté, Le Journal du
Dimanche
, le 19
décembre 2009.

 


 ****
transmis par <a
href="ailto:collectifslocaux-anti-delation@rezo.net">JP
de Loupian - collectifs locaux anti-délation
Mon, 31 Oct 2011 10:04:44 +0100


 Bonjour,

 

Jean-Claude Paye, sociologue belge, a déjà écrit des ouvrages très pertinents sur le renversement de l’ordre juridique et politique et ses conséquences dans la société. Il analyse particulièrement clairement les mécanismes permettant aujourd’hui de désigner n’importe quel citoyen comme "terroriste" et la façon dont cette désignation par le pouvoir devient de facto une condamnation contre laquelle le citoyen a de moins en moins de recours.

 

Les éditions Yves Michel publient aujourd’hui son nouveau livre.




Voir en ligne : L’emprise de l’image

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