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Sécheresse d’un côté, pluies radioactives de l’autre

Béatrice Millésime | route124.fr | 20 mai 2011

dimanche 12 juin 2011

aaSécheresse d'un côté, pluies radioactives de l'autre

Le Gers est l'un des départements concernés par un arrêté préfectoral limitant certains usages de l'eau. Cette limitation ne concerne pas les lavages de voiture ou arrosages de jardin mais touche essentiellement les prélèvements agricoles. Grandement problématique, la sécheresse a eu pour seul avantage de limiter, au cours des dernières semaines, une contamination radioactive des sols par les eaux de pluie.

Depuis le début du mois de mai, le Gers est concerné par des restrictions d'eau. Certaines d'entre elles ont été levées par le préfet du Gers la semaine dernière, et ce pour quelques jours, afin de permettre aux agriculteurs d'irriguer leurs champs.

Levée temporaire d'interdiction de pompage

A ce jour (24 mai) plusieurs arrêtés « sécheresse » sont en vigueur dans le département. Aucun ne concerne les cours d'eau qui sont réalimentés par le système Neste. Leur débit est jugé satisfaisant par la préfecture qui autorise donc les prélèvements d'eau pour l'irrigation.

Les trois premiers arrêtés ont été pris le 9 mai afin d'interdire les pompages sur la Gélise, l'Auzoue, et l'Osse en amont de la confluence avec la rivière Lizet, Ils ont été suspendus le 16 mai pour une durée de dix jours. A partir du 26 mai, et sauf nouvel arrêté contraire, tout prélèvement sera de nouveau interdit sur ces cours d'eau, à l'exception des prélèvements destinés à la production d'eau potable, la défense incendie et l'alimentation en eau du bétail. Cette interdition est prévue jusqu'au 19 juin.

Deux autres arrêtés ont été pris le 12 mai. L'un concerne les cours d'eau du Midour et de la Riberette sur lesquels est interdit tout pompage jusqu'au 30 juin. Une réunion du comité technique Midour-Douze est toutefois prévue le 30 mai pour décider de la date des premiers lâchers. L'autre concerne les propriétaires de moulins qui se voient interdire, jusqu'au 30 octobre, de manœuvrer des vannes ou clapets afin de ne pas perturber le débit de la rivière.

Les derniers arrêtés ont été pris le 23 mai. Ils concernent les cours d'eau secondaires non réalimentés par le système Neste. D'ordinaire, ces petits cours d'eau font l'objet d'interdiction de prélèvement au mois de juillet, mais cette année, la préfecture a décidé d'interdire tout prélèvement dès ce 24 mai, et ce jusqu'au 15 octobre. Cette mesure ne concerne pas tous les cours d'eau. L'Adour, et les canaux dérivés, ne sont ainsi pas touchés par des mesures d'interdiction d'irrigation, de même que les rivières Save, Gesse, Marcaoue, Gimone, Arrats, Gers, Auvignon, Petite Baïse, Baïsole, Grande Baïse, Osse, Lizet, Guiroue, Auzoue, Douze, Petit Midour, Boues, Auloue, Arros. Quant aux cours d'eau Lurus, Espienne, Izaute, Uby, Estang, Auroue, ils ne seront concernés par une interdiction de prélèvement à partir du 31 mai seulement.

Les associations environnementales que sont les Amis de la Terre, France Nature Environnement Midi-Pyrénées, le Collectif Ass'Eau du bassin Adour-Garonne, et le Collectif Adour Eau Transparente, ont vivement réagi à la décision préfectorale d'autoriser temporairement l'irrigation sur certains cours d'eau. Dans un communiqué, elles critiquent le fait que « aucune leçon n'a été tirée des précédentes sécheresses : la gestion de la ressource se fait toujours sans anticipation, au jour le jour, avec l'espoir de pluies salvatrices. Les rivières réalimentées sont réduites à de simples tuyaux que le gestionnaire vide ou sature tour à tour mettant à mal les milieux aquatiques et menaçant la qualité de l'eau. » Selon elles, « il est urgent de respecter les débits minimum prévus par le Sdage (le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux) afin de sécuriser l'alimentation en eau potable et la préservation des milieux naturels. »

Pour la FDSEA, la levée des interdictions de pompage sur une partie des cours d'eau gersois est importante, même si elle n'est que temporaire, car « il faut sauver ce que l'on peut sauver » indique Serge Chambert, l'animateur du syndicat dans le département. « S'il faut arroser le blé, on peut le faire, idem pour le maïs, pour pouvoir le faire naître, pour que les graines germent. Nous verrons ensuite quelles décisions seront prises le 27 mai pour la suite. »

La FDSEA tout comme la Coordination rurale appellent les céréaliers à ne pas broyer la paille mais à la vendre aux éleveurs qui vont manquer de foin. La Coordination rurale a d'ailleurs mis en ligne, sur son site internet un formulaire de mise en relation entre agriculteurs.

De son côté, la Confédération paysanne en appelle également à une plus grande solidarité et propose la mise en place « de contrats entre céréaliers et éleveurs afin d'organiser et moraliser le marché de la paille ». Ceci, sous le contrôle des « pouvoirs publics (qui) doivent veiller à ce que ces actions se déroulent dans un esprit de solidarité et non dans un esprit mercantile développé par des marchands de paille. »

Pour l'heure, les restrictions d'eau ne touchent pas les particuliers. « C'est beaucoup trop tôt » expliquent les services de l'Etat. « D'habitude, s'il y a restriction d'eau pour le lavage des voitures ou l'arrosage des jardins, c'est l'été. » Il n'empêche qu'un appel à la vigilance a été lancé par le préfet.

Eléments radioactifs dans les eaux de pluie

Les cumuls de précipitation sont déficitaires au mois d'avril sur la quasi-totalité des départements et les précipitations cumulées depuis le mois de septembre 2010 le sont tout particulièrement en Midi-Pyrénées, a constaté début mai le BRGM, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Le déficit de précipitations se situe entre 50 et 75 % de la normale dans le Sud-Ouest.

Seul avantage de cette sécheresse : les éléments radioactifs de Fukushima véhiculés par les eaux de pluies n'ont que très peu contaminés les sols.

Au cours des dernières semaines, les épisodes pluvieux enregistrés dans la région ont été analysés par la Criirad, la Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité. Il s'avère que c'est dans le Sud-Ouest que les eaux de pluie ont été le plus chargées en iode 131, un élément extrêmement radioactif qui, une fois présent dans l'environnement, se concentre dans la thyroïde.

Les relevés d'eaux de pluie ont été réalisés par un membre des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, dans la commune de Castelnau d'Estrétefonds, en Haute-Garonne, située à une demi-heure de L'Isle-Jourdain. Au mois de mars, le taux d'iode 131 était de 4,9 bequerel/litre, le plus fort de France, et en mai, le taux était descendu au dessous de 0,15 bq/l.

« Le relevé de mars était pour nous inquiétant et nous l'avions mentionné sur notre site Internet » explique un représentant régional de l'association Les Amis de la Terre. « Nous conseillions aux gens de se rapprocher de leur médecin. Mais au bout d'une semaine, nous avons retiré ces recommandations, qui étaient jugées, par certains, trop alarmistes. Par ailleurs, il nous est interdit de préconiser la prise de médicament, comme des cachets d'iode, et surtout, l'Inspection générale de la Santé disait que la prise d'iode n'était pas nécessaire. » Et d'ajouter : « Par contre, nous avons conseillé en mars de ne pas boire de l'eau de pluie, de tenir le bétail à l'abri et de couvrir les jardins. Ces recommandations n'ont plus lieu d'être pour l'instant. »

Du côté de la Criirad, des recommandations ont « également été données, au cours du mois de mars, par voie de communiqué. La commission déconseillait la récupération des eaux de pluie à usage domestique mais estimait que « les personnes qui se sont trouvées sous la pluie sans protection » n'avaient couru aucun risque. « Nous avons également dit que le lait pouvait être contaminé, indique Roland Desbordes, le président de la Criirad, de même que certains végétaux comme les épinards. Nous déconseillions leur consommation aux enfants, aux femmes enceintes et aux femmes qui allaitaient »

Qu'en est-il aujourd'hui ? Les éléments radioactifs relevés au mois de mars dans les eaux de pluie sont toujours présents dans les sols. « De la terre, ils peuvent passer dans le système racinaire, et une contamination par la plante est possible », indique Roland Desbordes. « Mais notre expérience nous dit que cela ne devrait pas poser de problèmes. »

Pour le président de la Criirad, « jusqu'à présent, le risque de contamination a été faible mais il n'a pas été négligeable. Il faut néanmoins rester vigilant. L'épisode nucléaire n'est pas terminé. »



Transmis par ManuV
Sun, 12 Jun 2011 21:22:24 +0200



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