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"L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance"

Maurice Godelier | lemonde.fr - millebabords.org | samedi 17 & vendredi 30 novembre 2012

samedi 1er décembre 2012

millebabords.org

"L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance"
Maurice Godelier | lemonde.fr - millebabords.org | samedi 17 & vendredi 30 novembre 2012


"L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance"

Maurice Godelier.

Métamorphoses de la parenté, publié en 2004 et réédité en poche (940 pages, 15,30 euros) depuis, a montré l’existence de 182 systèmes de parenté différents dans le monde ! Les alliances, organisations de la descendance ou interdits sexuels se déploient selon des modes et imbrications multiples.

Vidéo France culture, 13 mns, Maurice Godelier
28.01.2011
http://www.franceculture.fr/emissio...


"L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance"

http://www.lemonde.fr/societe/artic...

17.11.2012

Propos recueillis par Gaëlle Dupont

Maurice Godelier, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, est l’un des plus grands anthropologues français. Prix de l’Académie française, il a reçu la médaille d’or du CNRS en 2001 pour l’ensemble de son œuvre.

Les opposants au projet de loi sur le mariage homosexuel parlent d’"aberration anthropologique", qu’en pensez-vous ?

Cela n’a aucun sens. Dans l’évolution des systèmes de parenté, il existe des transformations mais pas des aberrations. Certes, on ne trouve pas, dans l’histoire, d’union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée. On comprend pourquoi. Pendant des millénaires, la société a valorisé l’hétérosexualité pour se reproduire. Mais souvent l’homosexualité au sein des sociétés a été reconnue dans la formation de l’individu, en Grèce antique par exemple. J’ai vécu sept ans dans une tribu de Nouvelle-Guinée, les Baruya, où, pour être un homme, il fallait être initié. Les initiés vivaient en couple homosexuel jusqu’à 20 ans. L’homosexualité avait un sens politique et religieux. Mais la question des unions homosexuelles et de l’homoparentalité est une question moderne, qui ne s’est jamais posée auparavant.

L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance. C’est pour cela que je parle de métamorphoses à leur propos. Aujourd’hui, en Occident, les deux axes sur lesquels repose tout système de parenté, l’alliance et la descendance, intègrent des formes nouvelles.
Pourquoi maintenant ? C’est le résultat de quatre évolutions indépendantes. La reconnaissance progressive que l’homosexualité est une sexualité autre mais normale, l’émergence d’un nouveau statut de l’enfant, l’apparition de nouvelles technologies de la reproduction, et le fait que dans une démocratie les minorités peuvent revendiquer des droits nouveaux. A partir de là, il est devenu possible et nécessaire d’accorder aux homosexuels de vivre légalement leur sexualité et, pour ceux qui le désirent, de pouvoir élever des enfants.

Cela suscite beaucoup de résistances...

Il faut revenir sur plusieurs points fondamentaux pour éviter une approche idéologique. J’ai déjà mentionné le premier : l’homosexualité est une sexualité autre mais normale. Ce n’est ni une maladie, ni une perversion, ni un péché. Les deux espèces de primates les plus proches de nous sont bisexuelles, tout comme l’espèce humaine. C’est un fait scientifique. Si on ne le reconnaît pas, on continue à charrier de l’homophobie. Le deuxième point, c’est que sexualité signifie désir, mais aussi amour. Comme les hétérosexuels, les homosexuels s’aiment.

Les couples homosexuels sont infertiles. Pourtant ils sont de plus en plus nombreux à vouloir des enfants...

C’est une conséquence du mouvement de valorisation de l’enfant et de l’enfance qui avait déjà commencé au XVIIIe siècle et que Jean-Jacques Rousseau a exprimé. Il a abouti à la déclaration universelle des droits de l’enfant.

(...)

Chez les Baruya, chaque individu a plusieurs pères et plusieurs mères. Tous les frères du père sont considérés comme des pères, toutes les sœurs de la mère comme des mères. Est-ce que toutes les autres familles que celles de l’Occident post-chrétien sont irrationnelles ? C’est l’humanité qui les a inventées ! Les résistances sont normales, elles accompagnent un grand changement social et mental. Deux personnes de même sexe vont avoir des enfants, alors que l’exigence de la nature c’était qu’il fallait deux personnes de sexe différent pour concevoir. Toutes les sociétés ont trouvé des parades à la stérilité. Nous avons la procréation médicalement assistée.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les notions de paternité et de maternité ont deux dimensions, biologique et sociale. Dans l’histoire, la plupart des sociétés ont mis en avant le social. La nôtre tend à l’inverse. Mais aujourd’hui, au sein des familles recomposées, la parenté sociale s’étend. On attend du nouveau compagnon ou de la nouvelle compagne qu’ils se comportent comme des pères et des mères vis-à-vis des enfants conçus par d’autres.

Certains craignent que le tabou de l’inceste ne tombe...

Qu’est-ce que les gens en connaissent ? C’est une condition universelle de toute société. Si les familles se reproduisaient par elles-mêmes, la société ne pourrait pas exister. Le tabou est un élément producteur de la société, transféré à tout individu et intériorisé par chacun, hétérosexuel comme homosexuel. Ces fantasmes sont grotesques. Il n’y aura pas plus d’inceste chez les homos que chez les hétéros.

L’Etat doit-il accompagner et légitimer ces évolutions ?

L’Etat doit intervenir pour fixer des responsabilités devant la loi. Il arrivera que les couples homosexuels se séparent. Il faut fixer un cadre. Il faut aussi pénaliser l’homophobie, qui agresse parents et enfants. D’autres gouvernements sont passés par là. Aucune des sociétés qui ont accepté ces évolutions ne s’est effondrée. C’est devenu banal, comme avoir des enfants sans se marier est aujourd’hui banal.

Propos recueillis par Gaëlle Dupont


Maurice Godelier Parenté, familles, interdits sexuels (1h30) 16 Janvier 2005
http://www.canal-u.tv/video/univers...

La famille est une unité sociale de procréation ou d’adoption des enfants ainsi que de leur élevage par des adultes qui ont vis à vis d’eux des droits et des devoirs. La nature d’une famille dépend du système de parenté qui existe dans la société. La parenté déborde les limites de la famille. Les rapports de parentés sont des rapports sociaux qui définissent des alliances et l’appropriation des enfants. Mais qu’est ce qu’un enfant, comment « fait-on » un enfant selon les sociétés, comment s’établissent les « interdits sexuels » ?

"Tant que les hommes et les femmes ne vivront pas seulement en société mais devront “produire de la société pour vivre”, la famille restera ce chantier ouvert, à réinventer sans cesse, impossible à fossiliser comme veulent encore y croire les tenants d’un ordre moral absurde et dépassé."


Voir en ligne : "L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance"

Messages

  • L’humanité c qui ? Est-ce que celles et ceux qui ne pensent pas comme l’humanité en question ont le droit de prendre part au processus de décision démocratiquement : débat puis vote dans le cadre d’un processus démocratique ? Sinon, pourquoi ? Et qui décide qu’une partie de la population est indigne de figurer parmi cette humanité ? Est-ce que ce qui a été valable dans des contextes différents de notre époque peut servir à justifier certaines évolutions que certains voudraient imposer de gré ... ou de force aujourd’hui ?

    Ainsi : "Mais la question des unions homosexuelles et de l’homoparentalité est une question moderne, qui ne s’est jamais posée auparavant" d’après Maurice Godelier lui-même.

    Ceci étant admis, étant entendu que nous vivons en démocratie, il est tout à fait raisonnable de traiter ces sujet démocratiquement selon des modalités référendaires !

    Si l’humanité a attendu plusieurs milliers d’année pour envisager pareille évolution, elle peut fort bien patienter encore qqs années sur ce bout de la planète qu’est la France.

    Si les partisans de cette évolution sont si nombreux que ses plus ardents défenseurs le disent, ils n’ont par conséquent rien à redouter de ce processus démocratique ! Au contraire, il leur procurerait un surcroît de légitimité !

    Voici qqs-unes des interrogations que m’inspire le titre et la conclusion de ce billet ... Conclusion où les "progressistes" autoproclamés soulignent le caractère "absurde et dépassé" de la position différente de la leur !

    Par ailleurs je soumets à Bernard cet entretien d’Anne-Marie Le Pourhiet, juriste, professeur agrégé de droit public à l’université de Rennes 1, dans lequel elle confie les raisons qui motivent son opposition à cette évolution de la législation encadrant le mariage.

    P !a&s"c’a(l *** B ;u£s=n@ot (H"é_l-o(up - 6 1)

    • Il n’y en aurait que 2 à vouloir se marier,
      qui effectivement en "démocratie", s’arrogerait le "droit" de leur interdire ?
      pas moi, ni même quelques 25 pays sur cette terre...

      Liste des pays où le mariage civil est ouvert aux couples homosexuels
      •  Afrique du Sud (depuis novembre 2006)
      •  Argentine (juillet 2010)
      •  Belgique (janvier 2003)
      •  Canada (juin 2005)
      •  Danemark (juin 2012)
      •  Espagne (juillet 2005)
      •  États-Unis dans certains États :
      ◦  Connecticut (2008)
      ◦  Iowa (2009)
      ◦  Maine (2009, puis rétabli en 2012)
      ◦  Massachusetts (2004)
      ◦  Maryland (2013)
      ◦  New Hampshire (2010)
      ◦  New York (2011)
      ◦  Vermont (2009)
      ◦  Washington (2012)
      ◦  Washington D.C. (2012)
      •  Islande (juin 2010)
      •  Mexique dans certains États :
      ◦  District fédéral (2011)
      ◦  Quintana Roo (2011)
      •  Norvège (janvier 2009)
      •  Pays-Bas (avril 2001)
      •  Portugal (mai 2010)
      •  Suède (avril 2009)
      Le Royaume-Uni a adopté un partenariat civil semblable au mariage pour tous les aspects pertinents de la vie courante et administrative.
      Tous ces pays ont également légalisé l’adoption par les couples homosexuels, à l’exception de quatre provinces canadiennes (Île-du-Prince-Édouard, Nouveau-Brunswick, Nunavut et Yukon) et du Portugal. L’adoption est en outre possible, soit conjointe en Australie (Australie-Occidentale, Territoire de la capitale australienne) et au Royaume-Uni, soit d’un des membres du couple envers les enfants naturels du partenaire en Australie (Tasmanie), Allemagne, Islande, Israël et Norvège.
      source wikipedia.org/

    • En quoi le nombre est-il un critère ? Que représentent 25 pays ou états ayant adopté une mesure ? N’y en a-t-il pas des centaines à ce compte qui ne l’ont pas (encore) adoptée ! Et donc cet argument peut se retourner contre celui qui l’invoque en pointant qu’à ce compte il n’aurait jamais dû y avoir le moindre état à évoluer en ce sens puisque jusqu’alors le premier à y aspirer ne pouvait se réclamer d’aucun précédent !

      Par ailleurs, de quoi parle-t-on dans le cas du mariage ? D’une égalité des droits d’une part ; d’un symbole par ailleurs. Or si les droits appartiennent à l’individu, les symboles appartiennent à la collectivité.

      Pour ce qui est de l’égalité des droits, aucun problème. Proposons un pacs amélioré, ou créons une nouvelle forme d’union civile qui devienne équivalent au mariage de ce points de vue et qui soit ouverte à tous les couples.

      Pour ce qui est du symbole, organisons un débat où chacun pourra exposer sa vision des enjeux puis votons. De préférence dans un climat de respect mutuel ...

      Pour l’homoparentalité, tout célibataire peut adopter indépendamment de son état matrimonial ... Autrement dit un homosexuel peut très bien accéder à la parentalité. Et élever son ou ses enfants quelle que soit son inclination sexuelle ...

      Par ailleurs, rien n’interdit de réfléchir à une évolution du droit qui crée de nouvelles formes d’autorité parentale qui soient socialement validées sans être confondues avec la biparentalité hétérosexuelle.

      Puisqu’il s’agit de solliciter l’évolution des mentalités, pourquoi ne pas aussi mettre chacun à contribution en invitant tout le monde à un effort d’imagination pour parvenir à des propositions susceptibles d’entendre et de confronter les aspirations légitimes à la parentalité des uns et les arguments tout aussi légitimes des autres.

      Nous sommes bien d’accord que tous les couples doivent pouvoir donner amour et affection à des enfants qui seront "leurs" sous des formes juridiques égales en droit et statut tout en reconnaissant formellement les différents cas de figure.

      De la sorte la société reconnaîtra qu’il y a la place pour des formes diverses de parentalité, toutes légales, égales et légitimes, tout en actant les différences objectives.

      Oui à l’évolution, oui à l’inventivité, à l’égalité des droits, non au déni des différences objectives et de leur portée symbolique.

      Enrichissons le champ du possible ; ne l’appauvrissons pas en recourant à des solutions confuses et simplistes autoritairement imposée et se traduisant par un brouillage des repères pour la totalité de la société.

      Au lieu de cela, créons les conditions de possibilité d’un enrichissement du dispositif symbolique implicite de la société capable de traduire sa complexité croissante.

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