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La faute au pétrole ?

Olivier Cabanel | agoravox.fr | mardi 14 février 2012

mardi 14 février 2012


La faute au pétrole



Crise oblige, l’économie est au cœur des préoccupations de chacun ; c’est peut-être l’occasion de découvrir les 5 piliers qui soutiennent la théorie d’un économiste novateur, Jeremy Rifkin.

C’était sur l’antenne de France Inter, dans l’émission d’Alexandra Bensaïd, (on n’arrête pas l’éco) du 11 février 2012 qu’on a pu découvrir les théories de l’économiste Jeremy Rifkin.

L’émission complète est sur ce lien.

Auteur du livre « la troisième révolution industrielle », (éditions « les liens qui libèrent ») il donne beaucoup d’espoir à tous ceux qui ne voient pas très bien comment l’on pourrait sortir notre pays (et le reste du monde) de la crise dans laquelle il s’est enfoncé depuis au moins 5 ans.

Pour lui, il n’y a pas photo, la véritable crise qui a déboulée dans le monde en juillet 2008 a une raison principale, qui n’est pas « les dettes », mais le pétrole.

Il a déclaré : « Lorsque le baril est arrivé à 140 $ sur les marchés mondiaux, les prix de toute la chaine de production ont crevé le plafond, provocant d’un seul coup la perte du pouvoir d’achat ».

Il rappelle que le pétrole n’est pas uniquement un carburant, mais qu’il est présent dans notre vie sous toutes les formes possibles et inimaginables ; la liste de ce qu’il permet de fabriquer est interminable : engrais, vêtements, emballages, bouteilles, pièces de carrosserie, pneus, jouets, détergents, médicaments, ordinateurs, canalisations, cœur artificiel, revêtement des routes, isolation…et même des steaks. lien

Or lorsque le pétrole dépasse toutes les limites, les répercussions sont quasi sans limite.

Jeremy Rifkin assène : «  on ne peut pas continuer comme on l’a fait lors de la seconde révolution industrielle (…) les vieilles industries, les vieilles technologies, les vieilles énergies sont devenues trop chères, et on a besoin d’un nouveau plan de croissance pour la France, l’Europe, et le Monde (…) il faut un changement radical et rapidement »

Il veut quitter la révolution industrielle basée sur les énergies fossiles qui sont en train de mourir et se tourner vers ce qu’il appelle « l’énergie distribuée ».

La nouvelle révolution industrielle qu’il appelle de ses vœux est basée sur les énergies renouvelables, et l’internet.

Les « énergies distribuées  » ce sont les énergies que l’on trouve absolument partout, le soleil, le vent, la géothermie, le bio méthane… et dit-il, il y en a suffisamment partout pour que chacun crée « sa propre énergie ».

Il évoque donc ces 5 piliers que l’Union Européenne s’est engagée à défendre dès 2007, plan basé sur d’abord sur les 20% d’énergie renouvelable d’ici 2020, projet auquel il a collaboré.

Le second pilier, ce sont les bâtiments : il y a 190 millions de bâtiments en union européenne, et l’on peut convertir chaque immeuble, habitation, usine, en les transformant en centrale de production d’énergie.

En effet, chaque immeuble, chaque maison peut mettre en place soit une centrale photovoltaïque, soit une centrale à méthane, en transformant nos déchets en énergie, soit une éolienne, etc

On a aussi découvert il y a peu les « BEPO  » les bâtiments à énergie positive, qui, non seulement ne consomment pas d’énergie, mais en fabriquent. lien

Au-delà de l’isolation, il faut aussi changer de mode de production de chaleur, en abandonnant délibérément le chauffage électrique, imposé en France pour justifier l’énergie nucléaire.

En effet produire de l’électricité pour fabriquer du chauffage provoque un énorme gaspillage.

Autant l’électricité n’est pas contestable lorsqu’elle sert à produire de la lumière, ou faire tourner « l’électroménager », autant le chauffage électrique est une aberration.

Une centrale, qu’elle soit thermique, ou nucléaire, fait tourner des turbines grâce à l’eau chaude produite, afin de fabriquer de l’électricité, perdant au passage toute cette chaleur, laquelle est déversée dans les fleuves. lien

D’autant que l’électricité produite est gaspillée pendant son transport, et l’on sait que pour 275 MTEP (millions de tonnes équivalent pétrole) produits annuellement, seulement 145 MTEP arrivent chez le consommateur. lien

Il s’agit donc de changer de modèle, en produisant et consommant sur place.

Le 2ème pilier, c’est la création prévisible de centaine de milliers d’emplois, de PMI, nécessaires à mettre en œuvre le grand chantier de cette révolution industrielle.

Le 3ème pilier est l’utilisation de l’hydrogène pour stocker le trop plein d’énergie.

Le 4ème pilier est la transformation de tout le réseau électrique français en réseau de partage, géré par les citoyens eux-mêmes : un réseau internet de l’énergie, en redistribuant sur le réseau l’énergie non utilisée.

Enfin, Jeremy Rifkin choisit comme 5ème pilier le véhicule électrique, qui en multipliant les bornes de recharges permettraient de parcourir les 4 coins du pays en se rechargeant à loisir.

Le choix du véhicule électrique peut se discuter, puisque l’on sait aujourd’hui qu’il n’est pas la seule solution, et que grâce à nos déchets, nous pourrions fabriquer du méthane en grande quantité, de quoi faire tourner tous les véhicules du pays, poids lourds y compris, avec l’avantage d’une pollution quasi inexistante.

Nous produisons chaque année près de 900 millions de tonnes de déchets, et au moins la moitié de ceux-ci peuvent produire de l’énergie, nous assurant une indépendance énergétique ; Il serait dommage de s’en priver (lien) d’autant que le potentiel de biogaz dépasse les 50 mtep/an. lien

Mais revenons à Jeremy Rifkin.

Ces 5 piliers sont la base du « capitalisme distribué  » : le pouvoir pour le peuple, la démocratisation de l’énergie qui vont changer notre vieux monde en profondeur.

Rifkin est convaincu que ce projet novateur va bien sur nécessiter des investissements considérables, mais en échange va créer de la richesse, de l’indépendance énergétique, et modifier en profondeur le fonctionnement de notre monde.

Vaut-il mieux continuer d’investir dans des énergies fossiles polluantes, dangereuses, sans avenir ou se tourner vers une autre solution, moins risquée, plus rentable, et plus démocratique ?

Du jour au lendemain des millions d’emplois vont être crées en Europe, et les plus de 1000 milliards d’euros nécessaires à cette révolution permettront d’envisager un avenir différent, alors que la même somme est utilisée aujourd’hui simplement à réparer le réseau électrique, à rafistoler les vieilles centrales nucléaires, ou les dommages provoqués par les accidents qu’elles ont occasionné.

Comme le dit Jeremy Rifkin, de toute façon on va dépenser autant d’argent pour réparer le réseau actuel.

Fukushima va couter entre 100 et 500 milliards d’euros (lien) juste pour réparer les dommages commis, et Tchernobyl en a couté tout autant. lien

Et quid des cancers et autres leucémies provoquées entre autres par l’utilisation de l’énergie nucléaire ?

L’Allemagne à déjà atteint les 20% d’énergie propre et renouvelable, et atteindra les 35% en 2035, créant déjà 250 000 emplois en moins de 5 ans grâce à ce choix énergétique.

Rifkin est convaincu que la France est encore engluée dans une approche centralisée de l’énergie, car les énergies d’alors, le pétrole, le nucléaire, etc… nécessitaient une centralisation énergétique, liés au « gigantisme » des installations, alors que la 3ème révolution industrielle va à l’envers de la centralisation, et la France pour tourner la page devra passer d’un système centralisé à un système latéral.

C’est pour une bonne part le programme d’Eva Joly, lequel permettrait à terme la création de 981 000 emplois. lien

Le développement des énergies renouvelables, entrainera, selon Eva Joly, la création de 141 000 emplois directs et indirects.

Un programme ambitieux d’économie d’énergie sera créateur de 440 000 emplois, dont 260 000 emplois concernant l’isolation des habitations.

La reconversion progressive de la filière nucléaire permettra la création de 70 000 emplois directs et indirects.

Jeremy Rifkin conclut en remarquant qu’il est mensonger d’affirmer que le nucléaire est une énergie propre, qu’elle procure une indépendance, et il explique sur ce lien pourquoi le nucléaire est mort.

Il existe 443 centrales nucléaires sur la planète, souvent vieilles et dangereuses, qui dans le fond ne représentent que 6% de toute l’énergie que nous produisons, et qui n’influent que très peu sur l’évolution du climat.

Pour qu’elles aient une incidence même minime sur son amélioration, il faudrait en avoir 1500 en service dans les 25 prochaines années, pour des milliards et des milliards de dollars.

Et puis il n’oublie pas que 40% de l’eau potable consommée dans toute la France est utilisée pour le secteur nucléaire pour refroidir ses réacteurs, et par ces temps de sécheresse annoncée, il n’est guère très sage de continuer.

Le futur président en tiendra-t-il compte ?

Nous le saurons bientôt, car comme dit mon vieil ami africain : « si vous nous empêchez de rêver, on vous empêchera de dormir  ».

L’image illustrant l’article provient de « parlementia.com »

Olivier Cabanel

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Voir en ligne : La faute au pétrole

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