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"Le Film des autres" - MashUp Film Festival

| mashupfilmfestival.fr | juin 2011

mardi 28 juin 2011

Le mashup lauréat du prix du jury du MashUp Film Festival par l’équipe "Les autres" intitulé "Le Film des autres"


"Le film des autres" - Prix du jury du marathon par forumdesimages


Qu’est-ce qu’un mashup ?

Le mot mashup pourrait se traduire littéralement par « purée » : il s’agit d’un montage d’images et de sons, tirés de sources qui peuvent être très diverses, et qui sont copiés, collés, découpés, transformés, mixés, assemblés… pour créer une nouvelle œuvre.
 
Le mashup s’inscrit dans la continuité des pratiques musicales du sample et du bootleg – mais on peut aussi considérer que c’est dans la continuité des collages pratiqués par de nombreux artistes célèbres dans le domaine des arts plastiques…
 
Facilité par la disponibilité pratique d’une quantité infinie d’images et par les outils de manipulation aujourd’hui accessibles à tous les internautes et de plus en plus simples d’utilisation, le mashup (ou formes approchantes, comme par exemple le détournement) est devenu une pratique très répandue, et qui connaît un très grand succès sur Internet.
 
Le mashup peut prendre des formes très variées, depuis le commentaire immédiat de l’actualité politique, genre où domine le sarcasme et parfois le mauvais goût, jusqu’à l’œuvre poétique, en passant par l’hommage cinéphilique, l’expression personnelle, la démonstration critique… Si certains en restent au niveau de la blague de potache, d’autres sont de véritables œuvres d’art.

En 2008, la journaliste Astrid Girardeau a publié dans Libération un article sur les mashup. Le phénomène s’est largement amplifié et diversifié depuis cette date, mais ses remarques restent pertinentes.
 
Il y a déjà 10 ans, en 2001, Ouananiche (Cédric Chabuel) a réalisé un film mashup exposant « l’Odyssée du sample », qui montre que l’origine du mashup est bien liée à l’apparition des technologies numériques, d’abord dans la musique, puis dans les images.

Le président Obama lui-même a choisi de s’exprimer par un montage d’images sur la chanson « I’m a real American » de Rick Derringer et un extrait d’un film de Disney, lors du récent dîner des correspondants de presse à la Maison Blanche.

 
Des précurseurs ?

Si le mashup est un phénomène qui naît avec le développement de l’image numérique et sa transmission massive sur Internet, de nombreux cinéastes ont pratiqué, et pratiquent encore, le collage d’images « récupérées » ou détournées, depuis fort longtemps.

Le « found footage » est un courant important du cinéma expérimental. L’ont par exemple pratiqué les lettristes (Isidore Isou, Maurice Lemaître), mais aussi Ken Jacobs, Vivian Ostrovsky, Peter Tcherkassky,… et beaucoup d’autres.

Nicole Brenez a signé un article théorique de référence sur ce courant.

La Dialectique peut-elle casser des briques ?
est un détournement célèbre d’un film de kung-fu réalisé par le situationniste René Viénet, qui récidivera avec Une petite culotte pour l’été, à partir d’un film pornographique.

Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don’t Wear Plaid) succès mondial réalisé par Carl Reiner, sorti en 1982, fait dialoguer le héros avec Humphrey Bogart, Burt Lancaster, Kirk Douglas et beaucoup d’autres, en assemblant des scènes célèbres de films hollywoodiens.

La Classe américaine ou Le Grand Détournement, écrit et réalisé par Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, diffusé en 1993 sur Canal+, est composé d’extraits de films de Warner Brothers ainsi qu’un bref extrait d’un épisode de la série Maigret avec Bruno Cremer, montés et doublés afin de créer un nouveau film inédit. On peut en voir quelques extraits sur le web :

D’autres cinéastes contemporains travaillent à partir d’images qui les marquent et les inspirent, de films qui constituent des imaginaires visuels que nous partageons tous plus ou moins.

Une interview de Christoph Girardet et Matthias Müller


Fast Film, de Virgil Widrich, court métrage multi-primé dans le monde entier.

Et bien sûr, Jean-Luc Godard, dont les Histoire(s) du cinéma sont un gigantesque, magnifique et virtuose mashup.

Une multiplicité de genres


Des « genres » apparaissent : clips musicaux, détournements politiques,… Parmi ceux-ci, un des plus prisés est la bande-annonce « corrigée » ou détournée, par exemple, celle qui fait de Mary Poppins un film d’horreur.

Ou celui-ci, parodie gay de Retour vers le futur

On peut aussi constater que se révèle à cette occasion un véritable travail critique sur les films.

Ainsi, les internautes ont par leurs mashup critiqué la proximité du film de James Cameron Avatar avec le dessin animé de Walt Disney Pocahontas, dans des dizaines de mashup postés sur les sites de partage de vidéos.

Ou celle-ci rapprochant Inception de Perfect blue.

Quelques créateurs reconnus

Des stars du mashup se sont peu à peu révélées.
 
« En 2007, AMDS FILMS s’est fait connaître dans le monde entier avec Terminator versus Robocop, un mashup qui relate la rencontre entre les deux monstres sacrés du cinéma, le premier épisode a été vu plus de 30 millions de fois environ à travers le monde. Suite à ce succès, le réalisateur a été contacté par les plus grands studios américains. » (Wikipédia, article Mashup).

 
Mozinor est un spécialiste français du détournement, dont les créations ont un grand succès, et sont régulièrement diffusées dans des émissions de télévision.
Son succès a attiré l’attention de Libération.

Superdude propose des « mashup trailers », bandes annonces retravaillées, détournées.
 

Pogo, musicien américain, est un « mixeur de films » dont certaines créations ont été vues par plusieurs millions de spectateurs.
Lire un article en français à son sujet.
 
Une de ses créations les plus célèbres, à partir d’images et de sons tirés de Alice au pays des merveilles, version Walt Disney.
 

L’originalité de Kutiman est de travailler à partir de sons et d’images directement pris parmi les contenus postés par les internautes sur Youtube.

Par exemple :

DJ Zebra est musicien, DJ et animateur radio français, spécialiste du bootleg, et également virtuose du mashup.

DJ le Clown est également un des pionniers français du bootleg, qui est maintenant une des références de la création de mashup vidéo musicaux.

Parmi les pionniers, il faut aussi citer les Frères Lefdup.

Jérôme Lefdup a en particulier défini et expérimenté le concept de « Vidéo-Songs » ou « musique visuelle », un procédé de montage vidéo inspiré du sampling dans lequel chaque élément visuel est associé à un élément sonore. En 2008, il publie Musiques de chanvre, un DVD et une série consacrés à ce principe d’écriture audiovisuelle. Ses créations ont été diffusées sur ARTE, Canal+ (L’œil du cyclone), Radio Nova,…

Voir ce reportage sur les Frères Lefdup.

Questions de droits
 
Bien sûr, la pratique du mashup pose d’importants problèmes de droits, puisque dans l’immense majorité des cas, les internautes ne sollicitent aucun accord. Le droit moral est mis en cause, autant que les droits patrimoniaux ; le concept anglo-saxon du « fair use » étant sur ce point moins contraignant que notre système de droit d’auteur.
A titre d’exemple, un « mème » s’est répandu il y a quelques années : de multiples détournements du film La Chute d’Oliver Hirschbiegel ont circulé, phénomène dont Alexandre Hervaud s’est fait l’écho dans Libération.
 
Ce succès a fini par irriter la société de production, qui aurait tenté de « censurer » le phénomène. Peine perdue, évidemment.
Au passage, il faut noter que ce « mème » est encore actif : en témoigne par exemple ce très récent détournement.

La plupart du temps, les créateurs de mashup ignorent que leurs pratiques contreviennent au droit. Pour eux, comme ils ne tirent pas de profit direct de leurs créations, il n’y a pas de problème. D’autres évoquent le droit de citation, qui bien sûr ne saurait s’appliquer en l’occurrence.

Pour d’autres encore, il s’agit d’un véritable combat contre le droit d’auteur lui-même. En témoigne ce film mashup réalisé par Eric Faden, un universitaire de Bucknell University (Pennsylvanie).

Attentif au respect du droit des auteurs, le festival présentera ce nouveau champ de la création contemporaine en exposant explicitement les problématiques juridiques qu’il engendre, notamment au cours de la conférence (25 juin à 15h) et de la table ronde (25 juin à 16h30).

Mais ce panorama est nécessairement très incomplet : l’univers créatif des mashup est très riche et très diversifié, et la première édition du MashUp Film Festival a aussi pour objectif d’essayer de mieux le découvrir !


Voir en ligne : MashUp Film Festival

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