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Les Verts... blets ou pas mûrs ?

Stéphane Lhomme | stephanelhomme.free.fr | Lundi 27 juin 2011

mercredi 29 juin 2011

Tout commence le
dimanche 3 avril 2011. Je suis tranquillement installé devant ma télévision : Cécile
Duflot, la secrétaire nationale d’Europe écologie-Les Verts (dites "EELV" pour
être branché !) est l’invitée de l’émission politique Dimanche plus.

La journaliste
Anne-Sophie Lapix évoque l’hypothèse de plus en plus pressante d’une candidature de
Nicolas Hulot. Elle pose alors à la dirigeante verte la question qui va tout déclencher
 : "Nicolas Hulot n’est pas adhérent d’Europe
écologie Les Verts, ça ne pose pas de problème ?
" "Pas du tout, répond Cécile Duflot, c’est à nous écologistes de voir qui nous voulons
soutenir lors de l’élection présidentielle, ce ne sera pas nécessairement un adhérent
".

anne-sophie.lapix.jpg (10992 octets)

Je sursaute
immédiatement : ce qui est possible pour Nicolas est forcément possible aussi… pour
Stéphane ! En effet, bien que militant antinucléaire de longue date, je n’ai jamais
été adhérent des Verts : en tant que porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, je
me devais de garder une neutralité parfaite entre les différentes organisations
adhérentes, en particulier entre les partis politiques : Les Verts (devenus EELV), la LCR
(devenue le NPA), les Alternatifs, etc.

Mais je ne représente
plus le Réseau depuis avril 2010, suite à une cabale qui a vu les tenants d’une
écologie molle - autant dire "de compromission" - éliminer les militants
antinucléaires, dont moi. Du coup, je suis libéré de mes obligations de neutralité.
Et, ça tombe bien, j’ai des fourmis dans les jambes : Nicolas Hulot, l’homme de TF1,
l’écologiste cathodique sponsorisé de longue date par les entreprises les plus
polluantes, prétend être le candidat des écologistes pour l’élection présidentielle
de 2012. Inouï, insensé.

D’ailleurs, la rumeur
se précise : l’animateur d’Ushuaia va annoncer officiellement sa candidature le 13 avril.
Motivé par l’information donnée par Cécile Duflot, à savoir qu’il n’y a pas besoin
d’être adhérent d’EELV pour se présenter à la primaire, je me lance le 8 avril.

Je vous épargne
l’ensemble de mon communiqué de lancement, mais voici les premiers mots : "Stéphane
Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire et ancien porte-parole du Réseau
Sortir du nucléaire, a décidé de se présenter à la primaire d’Europe écologie - Les
Verts en vue de l’élection présidentielle de 2012. Il s’agit très clairement d’une
candidature contre celle de Nicolas Hulot. On objectera que ce n’est pas très constructif
mais, parfois, il faut savoir se lever pour dire non
."

Une dépêche AFP
relaie l’information, titrée « EELV :
Stéphane Lhomme, candidat aux primaires "contre Nicolas Hulot" 
 » et
donne quelques précisions : « Présentant M. Hulot comme "le candidat des
multinationales", M. Lhomme veut, lui, proposer "une écologie offensive contre
les multinationales pollueuses et pour une véritable politique sociale" 
 »

Voilà qui a le mérite
d’être clair. Pour autant, aucune réaction de l’appareil d’EELV. Par la suite,
j’apprendrai que, au départ, personne ne croyait à une vraie candidature. Puis personne
ne pensait que j’aurais les 200 parrainages exigés...

Le 13 avril, c’est le
lancement de la campagne de Nicolas Hulot. L’opération se passe à Sevran, en banlieue.
Des communicants ont certainement estimé que le millionnaire Hulot devait se présenter
comme l’ami des pauvres. Il se pose donc en zone déshéritée comme il le faisait auprès
d’une tribu amazonienne pour son émission Ushuaia. Résultat décevant pour ses fans :
une déclaration d’un étonnant conformisme, derrière l’inévitable pupitre indispensable
à tout politicien qui se respecte, sur un triste fond vert terne. Ça démarre fort.

hulot-sevran.jpg (4761 octets)

Le 16 avril, le
secrétariat d’EELV consent à prendre acte de mon existence et m’adresse le texte voté
début avril par le Conseil fédéral pour encadrer la primaire. On y lit en particulier
ceci : "Toute personne volontaire peut être candidat-e à condition de satisfaire
aux règles d’éligibilité de l’élection présidentielle, de souscrire au Manifeste pour
une société écologique et d’accompagner sa candidature par une liste de soutien d’au
moins 200 adhérent-e-s et/ou coopérateurs et coopératrices à jour de cotisation et/ou
adhérent-es de Partis associés
".

Il n’est donc
aucunement demandé aux candidats de se conformer à quelque directive que ce soit
concernant le fond des débats. Or, quelques jours plus tard, on m’envoie une "Déclaration d’intention de candidature" qui
reprend les éléments précités… mais aussi deux curieux ajouts : "Je
m’engage à ce que ni moi ni mon équipe n’attaquent les autres candidat/e/s
" et
"je m’engage à soutenir et à faire campagne pour la personne qui sera désignée".

Ces mentions, j’en
aurai la confirmation plus tard, ont été spécialement ajoutées à mon effet, pour que
je claque la porte ou, a minima, pour que je renonce à "attaquer" l’icône
Hulot. Ma réponse est claire sur le premier point : je ne porte contre lui aucune
"attaque" personnelle, je le conteste politiquement.

Concernant le second
point, chacun s’attend à ce que j’annonce mon refus de soutenir Hulot, je retourne donc
le piège en déclarant que… je demande à l’animateur de télévision de ne pas me
soutenir si je gagne la primaire : ma campagne contre les multinationales ne saurait être
soutenue par celui que je taxe justement de "candidat des multinationales".

Qu’à cela ne tienne,
les rumeurs courent rapidement : parfois il parait que je refuse de soutenir Hulot,
parfois que j’ai été exclu de la primaire ou même que j’ai retiré ma candidature.
Autre thématique : je n’aurais cessé de "cracher sur les Verts" ces dernières
années. Problème, les accusateurs n’avancent aucun élément, aucune preuve :
forcément, tout est inventé. On me fait même suivre un mail du député François de
Rugy, à qui je n’ai pourtant jamais eu affaire, et qui s’amuse à relayer ces accusations
mensongères. Pas bien brillant pour un député...

Ces malveillances ont
un but : m’empêcher d’obtenir les 200 parrainages nécessaires pour concourir.
Heureusement, je peux faire passer mes messages par mes nombreux amis du mouvement
antinucléaire dont certains sont membres d’EELV ou, au moins, y connaissent du monde. Du
coup, je reçois continuellement, par e-mail ou par la poste, des formulaires de
parrainages que je dois scanner et archiver soigneusement.

J’y passe des jours et
des nuits : j’ai des soutiens partout en France, et même au-delà, mais pas de
"secrétaire" à disposition à Saint-Macaire ! Et puis je n’ai jamais fait
travailler personne pour moi, je n’ai d’ailleurs jamais été chef de personne de toute ma
vie : j’aime encore moins commander qu’être commandé, c’est dire. Résultat, pendant que
Nicolas Hulot et Eva Joly préparent les débats, je fais de l’archivage…

Arrive le Congrès
d’EELV à La Rochelle. Après le vote des militants dans les régions, le résultat est
connu : Cécile Duflot est la grande gagnante, sa motion ayant raflé plus de 50% des
voix, celle de Cohn-Bendit plafonnant à 26%. Le Congrès ne présente donc plus aucun
suspens, c’est le sacre annoncé de Cécile, et du coup tous les regards se tournent vers
la primaire et ses candidats. Et ce d’autant que la date limite pour donner les
parrainages est le dimanche 5 juin, dernier jour du Congrès.

Pour ma part, avant de
partir pour La Rochelle, j’ai déjà envoyé plus de 200 parrainages au secrétariat, et
je continue à en récolter pour avoir de la marge : il y a toujours des invalidations
dans ce genre d’affaire. A cette heure, il y a six candidats déclarés, et personne ne
sait combien auront les parrainages.

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Le samedi en début
d’après midi, c’est l’ouverture officielle du Congrès, le moment le plus suivi par les
médias. Je pressens ce qui va se passer : Cécile Duflot va placer à ses côtés Eva
Joly et Nicolas Hulot, pour accréditer l’idée qu’il n’y a que deux candidats.

Aussi, avec une bonne
demi-heure d’avance, je vais me placer… au premier rang. Rapidement, on vient me voir
 : ces places sont "réservées". Je réponds tranquillement : "Oui :
pour moi
 !". Commence alors un étranger ballet. On amène des chaises et on
construit trois nouveaux rangs devant moi, avec des militants qui s’assoient
immédiatement sur chaque nouvelle chaise afin que je ne puisse m’y placer. Je ne suis
donc plus qu’au quatrième rang !

A l’heure dite, Cécile
Duflot arrive, un militant se lève pour lui céder la place pendant que la reine du jour
me nargue du regard. Arrivent ensuite, de la même manière, Eva Joly puis Nicolas Hulot :
à chaque fois, un figurant se lève pour céder la place à une vedette. Les photographes
se pressent entre la scène et le premier rang, mitraillant les trois "stars".

C’est alors que je vois
Philippe Meirieu, attablé sur la scène, attendant de pouvoir ouvrir les débats en tant
que Président du Conseil fédéral. Mais il est aussi Président de la commission
d’organisation de la primaire. Instinctivement, je bondis sur la scène et je l’interpelle
 : "Philippe, tu n’as pas le droit de laisser
faire ça, il y a six candidats potentiels pour la primaire, il est inacceptable que seuls
deux d’entre eux soient mis en avant par Cécile
".

Des gros bras
s’approchent, on tente de me faire taire. "On
verra plus tard
" me répond Meirieu. Je suis furieux : "C’est ça, lundi après le congrès !". Je
descends et me retrouve entre la scène, les trois personnalités et les journalistes.
Parmi eux se trouve la caméra du Petit journal de Canal +, qui va immortaliser la scène.

sl-duflot-chaise-congres.jpg (26345 octets)

Je m’adresse à Cécile
Duflot :

"- Il y a six candidats, il est anormal que tu en
privilégies deux !

- Les autres ne sont pas là, on ne les a pas
trouvés...

- Hé bien moi je suis là, je m’assois avec Hulot et
Joly !

- Mets-toi donc là ! me dit-elle en désignant
le sol devant elle...

- A tes pieds ? Hors de question, je ne suis pas ton
petit chien ! Tu te prends vraiment pour la reine !

 

Du coup, on m’apporte
une chaise pour être au premier rang… mais en prenant soin de caser Dominique Voynet
entre les trois vedettes et moi. Du coup, je suis là… sans y être : comme le montre
bien le reportage de Canal+, je ne serai finalement sur aucune photo publiée dans la
presse.

Les photographes nous
ont bel et bien mitraillés, mais la présence voulue de Voynet a fait son effet. Je me
suis pourtant tourné vers les objectifs, si bien que l’ancienne ministre, agacée, me
tance "Hé, Stéphane, tu me colles".
Entendant cela, Cécile Duflot se tourne vers nous et me lance cette stupéfiante menace :
"Ha, je peux t’exclure de la primaire, tu viens
d’agresser Dominique Voynet
."

Bigre, me voilà
menacé de devenir le "DSK écolo" ! Mais l’accusation est à la fois si grave
et si absurde que Dominique Voynet, bien que jouant clairement son rôle pour m’écarter
des "stars", a l’honnêteté de rectifier : "Non non, il ne m’agresse pas, ce n’est pas vrai".
"Ha bon" bougonne Cécile Duflot,
visiblement déçue en se tournant à nouveau vers les photographes. J’ai eu chaud !


Transmis par Christine Dardalh
Wed, 29 Jun 2011 21:42:18


Voir en ligne : Ma primaire verte

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