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DSK ou le mystère de la chambre 2806

Didier Lestrade | minorites.org | 15 mai 2011

lundi 16 mai 2011

 Ah, la France. C’est un dimanche comme les autres et toute la classe politique a mis son téléphone sur fonction répondeur automatique. DSK a de gros problèmes, mais ce matin, personne ne voulait réagir. C’est l’exception française, il y a des lois qui protègent la vie privée dans not’ pays, monsieur. 

 
C’est vraiment trop facile de renvoyer, à nouveau, l’Amérique et sa justice expéditive. C’est trop facile d’imaginer que Sarko ou Al-Qaida sont derrière le complot de la chambre 2806. C’est trop facile d’appeler au « rassemblement et à la réserve » au sein du PS, des mots qui ne veulent vraiment plus rien dire de nos jours. C’est trop facile de dire que c’est sa vie privée et répondre « No comment » aux journalistes français qui lui posaient les mêmes questions il y a un mois lors de son passage à Paris. C’est trop facile de dire qu’il est un queutard et qu’il faut que ça sorte. C’est trop facile de dire que c’est pas si grave comparé à l’échec possible de la gauche en 2012. C’est trop facile de dire que c’est une histoire de cul quand les féministes se sont battues depuis des années sur de tels scandales.

 

C’est une agression sexuelle, damnit. C’est de la contrainte exercée sur une femme. C’est vraiment pas de l’amour ou même du désir normal. Cette affaire, c’est le sommet de l’exception française en matière d’éthique. Quand on fait des quotas dans le foot, personne n’est inquiété. Quand un président a une fille en cachette, on ne le sait que des années plus tard. Quand un autre a un bambin ou je sais pas quoi au Japon, c’est pareil. Quand une histoire d’inceste traverse la famille De Villiers, c’est un silence embarrassé. Quand Frédéric Mitterrand va en Thaïlande, c’est pour les paysages. Quand François-Marie Banier devint plus riche, on croit que c’est hétérosexuel. Quand un ministre de la culture homosexuel participe à une marche antigays, Act Up ne provoque pas son outing. Quand les hommes politiques couchent avec des journalistes de télé, ça passe malgré tout. Quand il y a 600 députés à l’Assemblée Nationale et pas un seul gay affirmé, c’est « républicain ». Quand c’est un musulman qui a deux femmes, c’est un monstre.

 
Vous croyez vraiment que ces histoires sexuelles sont de l’ordre de la « vie privée » alors qu’à travers le monde les frontières de l’éthique et de la morale sont précisément définies à partir de la transparence politique ? Vous vivez sur quelle planète ?

 
Je vais vous dire ce que je pense. Dans deux jours aura lieu la journée mondiale contre l’homophobie. Quel rapport ? Il est là le rapport. Le mouvement LGBT se focalise sur la plainte alors qu’il devrait se focaliser sur l’affirmation de l’identité. Le mot d’ordre de la Gay Pride ne devrait pas être celui d’un appel à voter en 2012, il devrait être celui du coming-out pour tous, y compris dans la politique et tout le reste. C’est en s’affirmant aux yeux de la société que l’on cesse de vivre dans le mensonge et la duplicité de la « vie privée ». Le droit à l’indifférence, c’est la clé de voûte du statu quo et de l’immobilisme. Si les personnes LGBT passaient moins de temps à se plaindre qu’à manifester leur fierté d’être ce qu’ils sont, nous aurions déjà fait avancer l’agenda de l’identité et des droits LGBT, ce qui exercerait un levier de pression sur la classe politique et les décideurs homosexuels de ce pays. On ne serait pas continuellement dans le « off », avec des décideurs qui n’ont absolument pas besoin de se prononcer sur tel sujet gay ou lesbien, tout simplement parce qu’on croit qu’ils ne sont pas gays ou qu’elles ne sont pas lesbiennes.

 
Finalement, le refus du mouvement LGBT de ne pas faire pression, comme dans tous les autres pays, sur la question du coming-out n’aide pas uniquement la lâcheté des gays et les lesbiennes au placard. Il aide surtout les grands hommes politiques de ce pays qui utilisent inconsciemment la mollesse homosexuelle pour justifier la leur. Si les gays ne disent pas qu’ils sont gays et qu’ils aiment s’enculer, alors pourquoi irai-je parler de mes histoires extraconjugales ? C’est ma vie privée, même si je fais 26% dans les sondages en vue des élections présidentielles.

 
Ils croient vraiment qu’ils vont faire une campagne électorale et que personne ne va les narguer sur ça ? Ils ont des spin doctors ces mecs ou pas ? Le mouvement LGBT a défini, par son absence de volonté, les contours de la morale politique française au sens large, puisque personne n’a de compte à rendre, donc personne n’est supposé être sincère. Mais cette absence de sincérité n’est-elle pas exactement le moteur de la montée de l’extrême droite ? Si le pays est en crise, qu’on nous dise au moins un bout de la vérité. Et franchement, la sincérité sentimentale et sexuelle, c’est plus facile à exprimer, quand tout le reste, en politique, est beaucoup moins présentable.

 
Donc continuons comme ça, il suffit de se convaincre que la France est un pays où l’on peut faire dans le privé des choses qui n’ont aucun rapport avec un engagement politique, qu’on peut être gay ou lesbienne et avoir une représentation nationale sans mentir sur son identité ou la vie de tous les jours, que l’universalisme est la réponse à la lâcheté des convictions personnelles et qu’on peut prétendre à la plus haute fonction en bousculant une femme. C’est bien. Et après on va me dire que je vois le monde par la petite lorgnette de l’homosexualité... Je dois être un pervers moi aussi !
 

Didier Lestrade


transmis par Radou


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Messages

  • Il ne faut pas tout mélanger...
    Et heureusement que dans la vie il y a du mystère.
    Mais quand le mystère est contre la vie, il finit par devenir banalité

  • Cher Didier, je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir. une chose me suffit :vous êtes un homme. Alors, allez vous faire foutre avec votre compassion envers les femmes.

    Si vous pensez qu’en France les femmes sont plus mal traitées qu’ailleurs, émigrez. Pour ma part je ne connais guère qu’un peu l’Europe, dont bien les pays germaniques. Je bénis le ciel d’être née en France.

    Si vous croyez que l’exploitation des femmes se réduit aux diverses formes de maltraitance sexuelle, c’est bien que vous êtes un homme.

    Ma génération s’est battue pour l’abolition du Code napoléon, qui faisait de la femme mariée la "chose" de son mari. Il disposait, non seulement de son sexe et des dépendances, mais de toute sa vie sociale, pouvait lui interdire de travailler, ou d’acquérir un bien, s’approprier son salaire, j’en passe. Elle assurait totalement la reproduction, mais si le mari la plaquait avec les enfants, elle ne pouvait même pas signer un papier de sécurité sociale les couvrant. Une femme battue avait toujours tort, une femme qui travaillait devait assurer le ménage, la vaisselle, la lessive (vive le lave-linge) la cuisine et le soin des enfants. De nos jours ça n’a que peu changé. Combien d’hommes nettoient les WC ? et pourtant c’est presque toujours eux qui pissent à côté de la cuvette.

    Une femme non mariée était un objet au mieux de compassion, au pire de dérision, toujours d’un vague mépris. Sauf si elle avait des enfants : alors c’était vraiment la galère.

    Quand j’avais 20 ans nombre de carrières (depuis cariste jusqu’à chirurgien) et de cursus nous étaient fermés.

    Aujourd’hui 80% au moins des "aidants" (doux euphémismes pour désigner ceux qui assument grands vieillards, grands malades, grands handicapés ; qui désormais vivent longtemps) sont des femmes. Le chômage (partiel en particulier), la précarité, le travail informel sont plus largement le lot des femmes que celui des hommes, y compris les femmes chefs de famille monoparentales, dont elles constituent l’écrasante majorité.

    Alors pitié : assez avec Madame Diallo (dont on se demande comment un hôtel à 3000 dollars la nuit a pu l’envoyer par erreur dans une chambre occupée. Pauvres riches ! la domesticité n’est plus ce qu’elle était.) Elle a droit à la présomption de sincérité comme DSK à celle d’innocence. Car je regrette de vous contredire, mais cela n’honore pas la justice d’un pays de pratiquer le lynchage, même envers un vieux cochon plein aux as, et même si on a dépassé le massacre pur et simple et même le goudron et les plumes pour s’en tenir aux menottes et au lynchage médiatique et cela sur un simple accusation, semblât-elle justifiée.

    Voilà. J’avais écrit il y a trois mois au PS pour leur faire honte de conserver DSK dans leurs rangs. Mais
    1/ je ne crache pas sur un homme à terre et
    2/ je ne hais pas l’homme DSK, mais tout ce qu’il représente, la gauche caviar, la classe politique en général, lamentable larbin des puissances du fric, et l’american way of life qui mène à la catastrophe l’humanité entière, avec en tête ceux qui n’en ont jamais profité, mais en ont bien plutôt crevé.

    Une fille du peuple, de gauche, et fière de l’être. J’avoue que mon expérience du viol se borne à avoir "récupéré" une copine violée ; croyez-moi, cela suffit à ne plus jamais en plaisanter, si d’aventure vous le faisiez auparavant. Elle était nettement plus "amochée" que la dame ne semble l’être. Pas besoin de passer le col de sa chemise au labo. Une horreur. Les autres discriminations, j’en ai eu ma part, et elle a été, reste et sans doute restera (j’ai 65 ans) extrêmement élevée.

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