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François Pérol s’est bien augmenté de +247% en 2010

Laurent Mauduit | mediapart.fr | 18 Avril 2011

lundi 18 avril 2011

Si la grande majorité des Français a traversé une année 2010 déplorable, avec à la clef une stagnation ou une baisse du pouvoir d’achat, François Pérol, le patron de la banque BPCE, n’a pas franchement pâti de la crise. Sa rémunération globale est en effet passée de 461.884,10 euros en 2009 à 1.606.000 euros en 2010. C’est ce qui apparaît dans le « document de référence » que le groupe bancaire vient de publier pour l’année écoulée. Alors que le gouvernement cherche une mesure purement symbolique pour calmer la grogne salariale qui se propage dans le pays, et évoque en particulier une prime pour les salariés des groupes qui servent des dividendes à leurs actionnaires, la bonne fortune de l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée ne passe pas inaperçue. Pour lui, la majoration de ses salaires a atteint l’an passé... 247% ! Largesse inouïe d’un côté, austérité de l’autre...
Cette hausse était certes attendue. Mediapart l’avait révélée (voir notre article François Pérol triple son salaire), à l’issue d’un conseil de surveillance de la banque BPCE (créée lors de la fusion des Caisses d’épargne et des Banques populaires) qui s’était tenu le 24 février 2010 et qui avait décidé de tripler la rémunération annuelle de son président. A l’époque, cette largesse avait fait beaucoup de bruit. Car lors de son arrivée à la tête des deux banques, François Pérol avait d’abord joué la carte du dévouement et du désintéressement. Très critiqué par des syndicats qui contestaient les conditions de sa nomination voulue par le chef de l’Etat, et qui ont ensuite porté plainte pour prise illégale d’intérêt, au cœur d’une formidable polémique à la suite de son refus de saisir la Commission de déontologie, il avait riposté face à ses détracteurs en faisant valoir que seul son souci de l’intérêt général l’avait conduit à accepter la proposition de Nicolas Sarkozy d’aller, en service commandé, prendre les commandes des deux banques, pour les sauver d’une crise financière menaçant de les engloutir.
Lors d’une audition très tourmentée devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le 25 mars 2009, il avait ainsi cherché à faire taire la vague de critiques des députés en soulignant qu’il aurait un salaire modeste – toutes proportions gardées – par rapport aux autres banquiers de la place. Interrogé sur son salaire, il avait répondu : « J’ai demandé que ma rémunération soit égale à celle de mon prédécesseur, soit 550.000 euros brut annuels, et partagée entre les deux groupes. J’ai demandé aussi qu’elle ne comporte pas de part variable au titre de l’année 2009. »

La même rémunération que celle du PDG de la Société générale

Un an plus tard, la décision du conseil de surveillance de BPCE de multiplier environ par trois la rémunération de son président, en maintenant son salaire fixe à 550.000 euros, et en lui attribuant un salaire variable équivalent à 200% au maximum de cette somme, avait donc fait du bruit.
On avait alors de bonnes raisons de penser que sous le feu des critiques suscitées par sa nomination, François Pérol s’était montré raisonnable dans son niveau de rémunération. Avant de se montrer autrement plus gourmand, à peine un an plus tard...

Mais encore une fois, le patron de BPCE avait rétorqué qu’on lui faisait de nouveau un mauvais procès, en soulignant qu’il ne percevrait cette part de variable de sa rémunération que si BPCE enregistrait de très bons résultats financiers.

Or, c’est en cela que la lecture du document de référence de BPCE pour 2010 (on peut le télécharger ici), qui vient d’être publié, retient l’attention. Il révèle en effet que la banque a engrangé de très bons résultats – comme toutes les autres banques françaises, en grande partie grâce aux financements publics qui ont été consentis par la puissance publique pendant la crise, sans vraie contrepartie. Résultat : François Pérol n’a eu aucune difficulté à réaliser les performances, en vérité très modestes, sur lesquelles était indexée la part variable de sa rémunération.

Le bilan est donc celui que l’on découvre dans le tableau ci-dessous, figurant à la page 98 du document de référence de BPCE.

Alors qu’il n’est arrivé à la présidence de BPCE qu’à la fin de février 2009, François Pérol n’a naturellement perçu la part fixe de son salaire qu’au prorata du temps passé dans l’entreprise, soit 457.594,10 euros. A cela sont venus s’ajouter des avantages en nature pour un montant de 4.290 euros, mais pas de part variable, comme annoncé.

En revanche, pour 2010, l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy a perçu l’intégralité de la part fixe de son salaire, soit 550.000 euros. Et à cela, est venue s’ajouter une part variable de 1.056.000 à laquelle, cette fois, le patron de BPCE n’a pas renoncée. Soit une part variable presque équivalente aux 200% de la part fixe qui avait été votée par le conseil de surveillance.

Pour 2011, François Pérol sera aussi bien loti, puisque selon nos informations, le conseil de BPCE lui a alloué le même pécule : 550.000 euros en fixe, et 200% de plus en part variable. Un an après sa prise de pouvoir controversée, François Pérol prend donc moins de précautions qu’à ses débuts, et rejoint le petit peloton des grands patrons ultra payés. A titre de comparaison, Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, et Frédéric Oudéa, PDG de la Société générale, percevront une rémunération globale de respectivement 2,7 millions et 1,754 million d’euros pour 2010.

L’affaire Pérol devant la Cour de cassation

En quelque sorte, François Pérol « banalise » son statut personnel. Il affiche implicitement aujourd’hui un profil beaucoup plus classique, celui du patron d’une grande banque privée. Et dans la haute hiérarchie du groupe, François Pérol n’est pas un cas unique. La rémunération globale de Laurent Mignon, le directeur général de Natixis, s’élève quant à elle à deux millions d’euros dont 1,2 million de bonus, selon le document de référence de la filiale à 72% de BPCE. Hier en faillite, la banque d’investissement s’autorise désormais à offrir des ponts d’or à son principal dirigeant. En quelque sorte, tout recommence comme avant. Comme s’il n’y avait pas eu de crise. En attendant peut-être, pour plus tard, des stock-options ou autres retraites-chapeau...

Alors que le climat social au sein du groupe BPCE est très dégradé, cette largesse est évidemment très mal perçue par les syndicats et beaucoup de salariés. Jusque dans la hiérarchie du groupe... Car dans la foulée, pour asseoir son pouvoir, François Pérol a multiplié des gestes dispendieux en faveur de nombreux présidents de directoires des anciennes structures régionales des Caisses d’épargne et des Banques populaires. La plupart des présidents concernés (occupant des fonctions équivalentes à celles de directeurs régionaux dans des banques privées) ont ainsi profité en 2010 de fortes revalorisations de leurs rémunérations, sous la forme d’un dispositif leur allouant un fixe de 210.000 euros, majoré d’une somme équivalente à 15% du produit net bancaire contributif de leur caisse (en clair, la quote-part des bénéfices apportée par la caisse régionale au groupe BPCE), majoré encore d’un complément identique pouvant aller jusqu’à 5% ; et le tout complété par une prime pouvant aller jusqu’à 50.000 euros.

En revanche, les membres des directoires des ex-caisses régionales n’ont pas profité de semblables largesses. Alors que dans le passé leurs rémunérations étaient indexées sur celles de leur président, l’indexation a cessé de jouer en 2010.

Le résultat est celui que l’on devine : tout cela a suscité beaucoup d’aigreurs au sein de l’entreprise, dans un contexte où « l’affaire Pérol » n’a toujours pas trouvé son épilogue. Déboutés en appel, les syndicats Sud et CGT des Caisses d’épargne, qui avaient déposé plainte contre François Pérol pour « prise illégale d’intérêt » quand il avait quitté l’Elysée pour prendre la présidence de la banque, ont décidé de se pourvoir en cassation.

A l’extérieur même de l’entreprise, ces largesses que les grands patrons s’accordent à eux-mêmes marquent aussi fortement l’opinion. Alors que le gouvernement a renoncé à tout coup de pouce en faveur du Smic depuis 2007, c’est-à-dire depuis cinq ans ; alors qu’il conduit une politique salariale d’austérité dans la fonction publique, comment comprendre qu’un proche du chef de l’Etat, porté par lui à la tête d’un groupe bancaire longtemps aidé par les deniers publics, joue à ce point à rebours de ce que devrait être l’exemplarité publique ?

C’est évidemment impossible à comprendre. Et cela contribue à alimenter la colère sociale.


Voir en ligne : François Pérol s’est bien augmenté de +247% en 2010

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