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À Norrent-Fontes, le préfet met le maire en demeure de raser le camp des Érythréens

Laurent Decotte | lavoixdunord.fr | dimanche 9 janvier 2011

dimanche 9 janvier 2011


Marc Boulnois ne veut pas qu’en mars, les migrants, hébergés l’hiver par la commune dans une salle, se retrouvent sans cet abri. PHOTO PATRICK JAMES.

BRAS DE FER

Dans une missive envoyée le 24 décembre, le préfet du Pas-de-Calais met en demeure le maire de Norrent-Fontes de « faire disparaître le campement » qui accueille depuis des années sur sa commune des Érythréens en quête d’Angleterre. Il invoque des raisons sécuritaires et sanitaires. L’édile écolo répond un non ferme et avance des arguments humanitaires.

Ces deux-là se verront demain en préfecture d’Arras mais gageons qu’ils ne passeront pas leurs vacances ensemble. Marc Boulnois, jeune maire Europe Écologie de Norrent-Fontes, n’a pas du tout goûté la lettre qu’il a reçue le 29 décembre de Pierre de Bousquet de Florian, ex-patron de la DST et préfet des Hauts-de-Seine, actuel préfet du Pas-de-Calais. Ce dernier le « met en demeure de faire disparaître d’ici au 29 janvier le campement » d’Érythréens qui est sur sa commune.

Il s’agit de cabanes de bric et de broc dans lesquelles les migrants s’abritent et (re) prennent des forces quand ils ne tentent pas de monter dans un camion pour l’Angleterre depuis l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes, à côté.

Le préfet invoque deux motifs : la salubrité. « Il est indigne que des gens vivent dans ces conditions en France en 2011. » Et la sécurité : « Entre le 18 septembre et le 31 décembre, la SANEF (société des autoroutes) a déposé 11 plaintes pour cause de dégradations (notamment la destruction du grillage), les routiers 37 en un peu plus d’un an. Et en 2010, 497 interpellations de migrants en situation irrégulière ont eu lieu sur cette aire. »

« Habitat insalubre »

Marc Boulnois tacle : « Dans son courrier, le préfet pointe "l’absence de point d’eau, de toilettes et de ramassage régulier des ordures". Or, il y a une cuve d’eau, deux toilettes sèches et la communauté de communes collecte les ordures. Le préfet, qu’on n’a jamais vu ici, doit se fonder sur un vieux rapport. » « C’est jouer sur les mots », se défend le représentant de l’État. « C’est de l’habitat insalubre. » Effectivement, on n’y enfermerait pas son pire ennemi. Mais les bénévoles de l’association Terre d’Errance et le maire, main dans la main, insistent : « Si on détruit ce campement, ils n’auront plus d’abri, seront fragilisés et davantage exposés aux passeurs. » Le préfet ne veut pas en démordre : il veut profiter que la vingtaine d’Érythréens - « des gens qui souvent fuient le service militaire et sont des migrants économiques (1) » - présents en ce moment soient hébergés dans une salle communale pour faire raser le camp vide pendant l’hiver.

Mais il ne peut pas le faire lui-même. Il a besoin d’une plainte du propriétaire du terrain. Or, il s’agit de la commune et il est hors de question que Marc Boulnois demande l’expulsion. D’où cette injonction : que le maire le fasse lui-même au motif que ce camp est générateur de « troubles à l’ordre public », évoqués plus haut. Ce que l’édile conteste : « S’il n’y avait pas ce campement, les migrants seraient là quand même, simplement parce qu’il y a cette aire. » Ce que nous confirment d’ailleurs deux Érythréens. Et dans cette logique, l’élu et surtout Terre d’Errance travaillent à leur offrir un minimum de confort (habits, nourriture, douches dans une salle mise à disposition par la commune d’Isbergues.).

« Au départ, les raisons peuvent être humanitaires, mais le maire en fait une utilisation militante. Quant à Terre d’Errance, ils n’ont aucun intérêt à ce que le camp soit rasé, c’est leur raison d’être. Comment se fait-il que ni l’un ni l’autre ne soit un jour intervenu sur des cas individuels au sujet de demandes d’asile ? » Les bénévoles de l’association, souvent des retraités dévoués - on se souvient de Monique Pouille, placée en garde à vue pour avoir rechargé le portable de migrants - apprécieront. •

1. Un service de dix-huit mois qui peut être prolongé pour une durée indéterminée, dans un pays où les droits de l’homme sont régulièrement bafoués.


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

PREFET DU PAS-DE-CALAIS

ARRAS, le 24 décembre 2010.

LE PREFET DU PAS-DE-CALAIS

à

M. le Maire de NORRENT-FONTES

Objet : Campement illégal d’étrangers en situation irrégulière

Des étrangers en situation irrégulière se sont installés depuis plusieurs années sur un terrain communal au lieu dit « La Marnière ». A l’origine inorganisées et en faible nombre, ces personnes ont progressivement mis en place un campement d’importance sur votre dépendance domaniale, pour arriver à constituer un regroupement pouvant atteindre une cinquantaine d’individus. Ce campement se maintient avec votre soutien manifeste et renouvelé puisque, pleinement et régulièrement informé de la situation par les services de sécurité vous avez à ce jour refusé de prendre quelque mesure que ce soit pour en faire cesser [’existence. Vous n’avez ainsi ni porté plainte, ni demandé à la justice civile de prononcer l’expulsion des occupants sans titre de votre propriété communale. Au contraire, vous avez à plusieurs reprises apporté publiquement votre soutien à ces personnes en situation irrégulière.

Vous savez pourtant que la localisation de ce campement sauvage sur le territoire de votre commune ne doit rien au hasard : placées là par des réseaux de passeurs ces personnes tentent régulièrement d’embarquer dans les camions stationnés sur l’aire autoroutière voisine de ST HILAIRE COTIES, afin d’entrer clandestinement en Grande- Bretagne et de s’y établir illégalement.

Le mode opératoire, mis en évidence par de nombreuses enquêtes des services de police ou de gendarmerie, suivies de condamnations pénales, est en effet avéré : à la nuit tombée, après avoir fracturé le grillage d’enceinte de l’ aire d’autoroute, les passeurs prennent en charge les étrangers en situation irrégulière à partir du camp, les conduisent sur l’aire d’autoroute, puis tentent de procéder à leur embarquement en forçant les accès aux camions. Des incidents multiples ont depuis plusieurs mois mis aux prises ces trafiquants avec les conducteurs de camions dont plusieurs ont été menacés par des armes de poing. Des règlements de compte violents sont intervenus entre groupes de trafiquants pour s’assurer le contrôle du campement et de ses trafics. Des troubles à l’ordre public ont ainsi été constatés non seulement sur l’emprise du camp, mais également sur l’aire d’autoroute et, en aval , sur l’ensemble du ruban autoroutier jusqu’à Calais. Le campement de « la Marnière » est ainsi devenu la cause majeure directe et le fait générateur de multiples troubles qui dépassent le seul territoire de votre commune et sont de nature à engager votre responsabilité.

Outre les infractions à la législation sur les étrangers (délit) et les troubles à l’ordre public dont l’existence du campement est à l’origine, je relève au surplus que les conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces personnes sont gravement insalubres, du fait de l’absence de point d’eau, de toilettes et de ramassage régulier des ordures.

Je vous rappelle enfin que la France et la Grande-Bretagne se sont mutuellement engagées à prévenir et à combattre le trafic illicite de migrants et que, en votre qualité d’officier de police judiciaire et de responsable de l’ordre et de la tranquillité publique sur le territoire communal, vous avez la charge d’assurer l’exécution des lois et règlements. Les services de gendarmerie m’ont signalé que, du fait des récents aléas climatiques, le campement de « La Marnière » était actuellement vide de toute occupation.

Dans ces conditions eu égard aux troubles graves et manifestes que le maintien de ce campement est de nature à occasionner à l’ordre public, particulièrement si de nouveaux migrants en situation irrégulière devaient être amenés à l’occuper à nouveau, je vous demande et vous mets en demeure dans un délai d’un mois suivant la réception de cette lettre, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire disparaître le campement en cause et d’interdire à l’avenir l’utilisation de cette parcelle ou de toute autre parcelle du territoire communal, pour faciliter le franchissement clandestin de la frontière avec la Grande-Bretagne.

Les services de l’Etat se tiennent prêts à vous apporter leur concours pour ce faire.

Pierre de BOUSQUET


Réaction de Marc Boulnois, maire de Norrent-Fontes, vice-président de la Communauté Artois Lys

1- Nous dénonçons le procédé : l’état menant sa politique absurde d’ immigration n’a qu’à en assumer les conséquences. Il est hors de question d’ utiliser le maire de Norrent-Fontes pour faire la chasse à l’homme. Nous sommes un village solidaire !

2- Nous dénonçons les arguments : l’état sanitaire est maintenu par l’effort des bénévoles, des infirmiers, de la commune pour l’eau, des communes voisines pour les douches et de la communauté Artois Lys pour les déchets. L ’état n’a jamais aidé quand les températures descendaient en dessous de zéro. Ce sont les bénévoles et la commune qui accueillent les personnes aujourd’hui ! Le trouble à l’ordre public n’est pas généré par le campement. Les migrants sont de passage à Norrent-Fontes et ouvrent les camions pour passer en Angleterre depuis plus de 10 ans avec ou sans campement. Ce sont bien les politiques de la France et de l’Europe qui génèrent ces situations

3- Nous étudions dès aujourd’hui le dépôt d’un recours devant le tribunal administratif sur la forme comme sur le fond concernant cette « saute d’ humeur ».

4- Nous réitérons notre demande au préfet d’aider la commune de Norrent-Fontes comme celle de Calais pour l’accueil cet hiver. L’état a octroyé 100 000 euros à la maire de Calais (UMP) pour l’accueil hivernal des migrants.

5- Nous en appelons à la mobilisation des maires, des élus départementaux et régionaux, des députés, des sénateurs, des députés européens, pour intervenir auprès du préfet pour qu’il lève sa mise en demeure et apporte une aide financière à la commune de Norrent-Fontes.

Marc BOULNOIS


Transmis par sylvie cerclier

Date : Sun, 9 Jan 2011 18:28:44 +0100

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