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"la France n’a pas d’amis" et Aminata Traoré pas de visa...

La rédaction de cameroonvoice | cameroonvoice.com | vendredi 26 avril 2013

mardi 30 avril 2013

- Mali : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts
Rosa Moussaoui | ldh-toulon.net | lundi 29 avril 2013
- Aminata Traoré privée de visa par la France
Crid | ldh-france.org | samedi 27 avril 2013
- Interdite de séjour dans l’espace Schengen. Aminata Traoré parle de la déconvenue
La rédaction de cameroonvoice | cameroonvoice.com | vendredi 26 avril 2013




ldh-toulon.net

Mali : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts
Rosa Moussaoui | ldh-toulon.net | lundi 29 avril 2013

La déclaration attribuée à lord Palmerston, « L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents », pourrait être reprise comme viatique par les diplomates de tout pays — il suffit de l’adapter.

Concernant l’intervention militaire française au Mali qui a débuté le 11 janvier dernier, l’existence au Niger voisin de mines d’extraction d’uranium – elles sont «  protégées par des forces spéciales » – est l’un des « principaux intérêts stratégiques français dans la région », comme les sénateurs Chevènement et Larcher le rappellent dans leur rapport d’information [1].
Cette réalité était certainement présente à l’esprit des parlementaires français le 22 avril dernier quand ils ont approuvé à la quasi-unanimité la poursuite de l’opération Serval.

Le rapport parlementaire insiste sur la nécessité d’une « véritable réconciliation » entre Maliens. Mais ce n’est pas en empêchant certaines personnalités maliennes – Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et Oumar Mariko, Secrétaire Général de SADI – de voyager que l’on favorisera cette réconciliation. Françafrique pas morte !


Le 16 avril dernier, les sénateurs Jean-Pierre Chevènement (RDSE – Territoire de Belfort) et Gérard Larcher (UMP – Yvelines), co-présidents du groupe d’étude sur le Sahel du Sénat, ont déposé un rapport d’information "Mali : comment gagner la paix ?". En voici un extrait de l’introduction :

Une intervention justifiée [2]

Certains commentateurs ont tenté de présenter l’intervention
française au Mali comme une résurgence de la « Françafrique » où l’ancien
colonisateur se poserait en gendarme dans son ancienne colonie, au
mépris de sa souveraineté et au nom d’un prétendu agenda caché.

Cette affirmation ne résiste pas à l’analyse, tant il est manifeste
que les intérêts européens et français en jeu se sont combinés avec l’appel
au secours d’un pays central en Afrique de l’Ouest, dans le cadre de la
légalité internationale, pour justifier pleinement l’intervention française.

Il ne s’agit pas d’une ingérence qui aurait violé la souveraineté
d’un pays indépendant. Au contraire, il s’agit d’une assistance apportée à
un pays ami en grand danger, dont l’intégrité territoriale avait été violée
par des groupes terroristes entendant imposer leur loi - et quelle loi ! - et
dont non seulement la souveraineté mais la survie même eussent été
compromises, si les éléments islamistes armés avaient pu continuer leur
raid vers le Sud. L’intervention de la France s’est faite en vertu de l’article
51 de la Charte des Nations unies et a donné lieu à une réunion du Conseil
de Sécurité, qui a confirmé la légitimité et la légalité de l’intervention
française.

Il va de soi que la « négociation » politique, naturellement
toujours préférable à la violence, n’était plus une option, à partir du
moment où les colonnes d’AQMI, du MUJAO et d’Ansar Dine marchaient
sur Bamako

Sans qu’il soit besoin de développer trop avant une
argumentation qui n’est plus aujourd’hui remise en cause par personne,
qu’il soit permis de rappeler les principaux enjeux pour notre sécurité :

- 6 000 Français et 1 000 Européens résident au Mali,
35 000 Français dans la bande sahélo-saharienne ; 80 000 en Afrique de
l’Ouest ; 200 000 sur le continent africain. De très nombreuses entreprises
françaises y exercent des activités. Environ 100 000 Maliens vivent en
France. Sans l’intervention de l’armée française, c’est tout un pays qui
aurait été livré aux preneurs d’otages ;

- les conséquences de l’établissement d’un sanctuaire terroriste
aux portes de l’Europe auraient été désastreuses non seulement pour les
Occidentaux et les Européens, comme viennent tristement le rappeler les
récentes prises d’otages, mais aussi pour toute la sous-région sahélienne et
l’Afrique occidentale, qui aurait été profondément déstabilisée : le Mali est
un pays continental qui a 7 frontières … ;

- nos intérêts économiques ne sont pas déterminants, même si le
gaz et les hydrocarbures présents en Afrique représentent 30 % de nos
approvisionnements et si au Niger est extraite une grande part de
l’uranium nécessaire à la production d’électricité française d’origine
électronucléaire ;

- la France et l’Europe ne peuvent se désintéresser de l’Afrique
qui est depuis des décennies leur profondeur stratégique, qui sera demain
plus peuplée que l’Inde et la Chine (en 2050 l’Afrique aura 1,8 milliard
d’habitants, contre 250 millions en 1950), qui recèle la plupart des
ressources naturelles, désormais raréfiées, et qui connaît un décollage
économique certes inégal mais sans précédent, qui n’est plus seulement
porté par l’envolée du cours des matières premières mais aussi par
l’émergence d’une véritable classe moyenne ;

Sans surprise, l’Assemblée nationale a voté ce lundi 22 avril la prolongation de l’intervention française au Mali. Les députés ont voté à 342 voix pour, aucune contre. Seuls les députés du Front de gauche ont décidé de s’abstenir. Scénario identique au Sénat avec 326 voix pour et 0 contre.

Aminata Traoré interdite de séjour en France

par Rosa Moussaoui, L’Humanité, le 22 avril 2013


Aminata Traoré était invitée par la Fondation Rosa-Luxemburg, le journal Prokla et l’association AfricAvenir à participer à une conférence à Berlin, du 17 au 19 avril, sur le thème «  Le Mali à la croisée des chemins, après l’intervention militaire et avant les élections  ». Son visa de circulation de quatre ans ayant expiré en février, elle a demandé au consulat de France son renouvellement, aussitôt refusé. Finalement, c’est le consulat d’Allemagne à Bamako qui lui a délivré, en urgence, un sauf-conduit lui permettant de se rendre à Berlin. Avec consigne formelle de quitter le territoire allemand le 19 avril. Un autre invité, Oumar Mariko, secrétaire général du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), s’est vu, lui, refuser tout document. À son retour, Aminata Traoré a été convoquée au consulat d’Allemagne, soucieux de vérifier qu’elle n’avait pas prolongé son séjour. D’après l’intéressée, la France aurait fait pression sur ses partenaires européens pour les dissuader de lui délivrer un visa Schengen. [...]

«  Je ressens un sentiment d’injustice d’autant plus profond que cette question des visas renvoie à un sérieux contentieux entre la France et les Maliens, s’indigne-t-elle. Il est désormais clair que je suis diabolisée pour mes idées. De quel dialogue, de quelle solidarité, de quelle réconciliation la France parle-t-elle si, en plus de vivre dans un pays sous occupation militaire, nous sommes interdits de circulation ?  » Dès le début de l’opération « Serval », Aminata Traoré s’est opposée de manière virulente à cette intervention militaire française, dans laquelle elle voit une entreprise néocoloniale. «  La guerre qui a été imposée aujourd’hui au Mali n’est pas une guerre de libération du peuple malien, mais une guerre de pillage des ressources, (…) une guerre de positionnement pour une ancienne puissance coloniale  », faisait-elle valoir, fin mars, au Forum social mondial, à Tunis [3]. On peut partager ou contester cette lecture de la grave crise que traverse le Mali. Mais empêcher que s’exprime une voix qui compte en Afrique, en privant cette intellectuelle de la liberté de circulation, voilà qui nous éloigne des belles intentions démocratiques affichées, à Bamako et Tombouctou, par le président Hollande.

Rosa Moussaoui

Notes

[1] Page 105 du rapport d’information, enregistré le 16 avril 2013 : http://www.senat.fr/rap/r12-513/r12....

[2] Pages 9 et 10 du rapport : http://www.senat.fr/rap/r12-513/r12....

[3] [Note de LDH-Toulon] Voir Mali : et maintenant ?.




ldh-france.org

Aminata Traoré privée de visa par la France
Crid | ldh-france.org | samedi 27 avril 2013

Communiqué du Crid, dont la LDH est membre.
Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et militante altermondialiste, s’est vue refuser le renouvellement de son visa de circulation par le consulat de France, alors qu’elle devait se rendre en France et en Allemagne à l’occasion de plusieurs conférences mi avril.



Nos organisations considèrent que le droit à l’expression est indispensable au débat démocratique, y compris quand il s’agit d’un point de vue critique sur la politique menée par le pays concerné par l’octroi du visa. Doit-on penser qu’il y a un lien entre les positions publiques d’Aminata Traoré sur l’intervention de la France au Mali et ce refus de visa ?

Nos organisations, alors même que leurs appréciations et positions publiques sur l’intervention de la France au Mali et ses prolongements actuels peuvent être différentes, désapprouvent unanimement qu’une personne dont les apports dans les débats internationaux et les liens avec les mouvements de solidarité internationale sont incontestables, soit ainsi privée de parole en étant privée de visa.

Elles réaffirment leur attachement à la liberté d’expression, à la nécessité de débats citoyens et transparents sur des questions aussi graves qu’une intervention militaire de cet ordre et au droit de circulation des personnes

27 avril 2013



cameroonvoice.com

Interdite de séjour dans l’espace Schengen. Aminata Traoré parle de la déconvenue
La rédaction de cameroonvoice | cameroonvoice.com | vendredi 26 avril 2013

Ceux qui voyaient dans la présidence d’Hollande la fin de la Françafrique ou une politique africaine de la France plus équitable, peuvent enfin se faire à la cruelle évidence de la realpolitik. Aminata Traoré, la militante altermondialiste malienne, n’a pas eu son visa Schengen, sur instruction de la France à tous les pays de l’espace Schengen.

Aminata Traoré paierait-elle cash sa prise de position audacieuse, contre l’intervention française au Mali, qui selon elle cacherait à peine de gros intérêts miniers et géostratégiques au Mali et dans la sous région ?

La France n’a pas d’amis elle n’a que des intérêts disait le Général De Gaule, et les intérêts eux, s’accommodent très mal de toutes voix discordantes.

L’ancienne ministre de la culture malienne et porte-flambleau du « Non à l’intervention militaire étrangère au Mali » livre à cameroonvoice son sentiment après cette déconvenue

Cameroonvoice : Nous avons appris avec stupéfaction que les autorités françaises ont refusé de vous accorder un visa d’entrée en France pour participer à une réunion publique le 22 avril dernier. Pouvez vous nous confirmer cette information ?

Aminata Traoré : En fait, j’ai été invitée par Die Linke, un parti de gauche allemand, et des militants français. Je devais faire un tour à Berlin et par la suite donner une conférence à Paris et Lille. J’avais un visa de circulation de 4 ans de l’espace Schengen qui a expiré au mois de Février.

Quand je me suis rendue à l’ambassade d’Allemagne pour solliciter un droit d’entrée dans l’espace Schengen, ils m’ont accordé un visa de trois jours uniquement pour leur pays en me notifiant que la France a donné des instructions pour qu’aucun pays de l’espace Schengen ne m’accorde de visa.

Il y avait donc une interdiction de circulation dans l’espace Schengen vous concernant, dont vous ignoriez totalement l’existence ?

Non non, on ne me l’avait pas notifié avant, c’est à la faveur de ce voyage que je l’ai su. J’ai été autorisée à aller en Allemagne et à revenir au Mali directement sans fouler le sol de l’espace Schengen mis à part l’ Allemagne. Je ne sais pas si c’était une exception allemande, ou si les autres pays de l’espace Schengen pourront m’accorder la même « faveur ».

Ma liberté de circuler est maintenant restreinte. Les consulats européens échangent entre-eux, des listes de personæ-non-grata, et les dispositions changent selon la gravité du délit entre guillemets. En ce qui me concerne, je ne sais pas ce que l’on me reproche. Dans mon cas, j’ai eu la chance d’avoir cette ouverture de la part de l’Allemagne, mon compatriote Oumar Mariko( Secrétaire général du SADI, Ndlr), lui il n’a pas pu voyager du tout.

Vos prises de position contre l’intervention militaire des forces étrangères au Mali et notamment celle de la France ne seraient pas la cause de cette interdiction ?

Certainement, sinon je ne comprends pas pourquoi, la France et surtout les membres de ce gouvernement de gauche, qui m’ont reçu et qui me connaissent parfaitement le feraient. En principe, nous partageons les même idées.

Sauf que, la France considère son intervention au Mali comme une réussite politique et militaire, c’est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui l’a dit et ce success story de leur point de vue exige certainement un verrouillage, qu’il n’ y ait pas de critiques, puisque l’unanimité leur réussit si bien ! Vous vous souvenez bien que toutes les résolutions concernant cette guerre ont été adoptées à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations Unies, et avant-hier ( mardi 23 avril Ndlr) ils viennent aussi de voter à l’ unanimité à l’ Assemblée nationale et au Sénat français pour la prolongation de l’Opération Serval au Mali.

Le pouvoir politique a changé de main en France voilà bientôt un an et on peut constater pour le déplorer avec cette opération que la politique africaine de la France, demeure toujours la même.

Elle demeure inchangée et il ne nous le cache pas. Le Général De Gaulle l’a dit : « la France n’a pas d’amis mais des intérêts ». Peut-être c’est nous qui nous faisons des illusions, François Hollande l’a d’ailleurs répété récemment en parlant dossier Centrafricain quand François Bozizé l’appelait à l’aide. Il lui a fait savoir que la France défendait ses intérêts et ses ressortissants.

Nous l’apprenons peut-être à nos dépens, parce qu’on se disait aussi que les temps ont changé et puisqu’ils sont confrontés aux mêmes difficultés que nous, liées au même environnement économique international, avec les questions d’aide, de chômage de pauvreté etc. Mais à la lumière de ce qui se passe, il y a une grille de lecture qui s’applique à l’Afrique, on est considéré comme des pays en faillite, pas de d’états, pas d’ armées, ils peuvent faire la pluie et le beau temps et ne tolèrent pas de voix discordantes.

Ils ne tolèrent pas de voix discordantes, pourtant ils se clament chantre de la liberté de la d’expression. Peut-on interpréter cette interdiction de territoire comme une entrave à la liberté d’expression, puisque vous avez un point de vue discordant ?

Oui ! Pourtant moi je n’ ai pas changé, tout ceux qui me suivent depuis savent que j’ai pas changé de discours ceux sont les mêmes idées que je véhicule. Je ne m’attaque à personne, je condamne tout simplement un système économique mondial cynique et la guerre fait parti de ce système.

Aujourd’hui la militarisation pour le contrôle des ressources de l’Afrique fait parti de l’agenda. C’est ce que j’ai dit et c’est ce qu’ eux mêmes ils reconnaissent !!! Alors moi malienne, pourquoi je n’ai pas le droit de poser ce regard sur les réalités de mon pays en guerre !!!

Comment envisagez-vous l’avenir du Mali et de la sous-région suite à cette intervention militaire française appuyée par des troupes africaines ?

Je pense que les troupes africaines sont mises à contribution, et comme je l’ai déjà dit dans mon manifeste ce n’est pas notre guerre, nous sommes entrés dans une phase de la globalisation qui implique la diplomatie économico-offensive et la militarisarisation.

Mais seulement, Al Qaida est une réalité et en même temps une aubaine, elle permet aux dirigeants Africains qui ont mal géré de dire maintenant que la priorité c’est la lutte contre le terrorisme et aux puissance étrangères de dire faisons cause commune luttons d’abord contre le terrorisme.

Et moi je dis que le véritable terrorisme c’est la misère, c’est les injustices, parce que je sais qu ’une bonne partie des combattants des djihadistes sont avant tout, des jeunes désespérés sans boulot, ils n’ont pas de visas et se font recruter à la fois par les narcotrafiquants et les djihadistes. C’est cette réalité qu’il nous faut regarder maintenant de près.

Quelles leçons devrons nous tirer de la situation au Mali et de ce qui vous arrive à vous ?

Je souhaite que les Maliens et les Africains s’ouvrent grandement les yeux et les oreilles et se disent qu’en réalité, il n’y a pas un cas malien. Ce qui se passe aujourd’hui au Mali est l’illustration d’une nouvelle étape de la politique de mainmise sur les ressources du continent, notamment les ressources énergétiques, sans lesquelles la sortie de crise, la croissance et la compétitivité ne sont pas envisageables par l’Occident.

Au lieu de jouer cartes sur table et changer les règles du jeu on préfère, nous écrire un autre histoire, nous humilier, nous culpabiliser. Avec tout ce qui se passe je considère que le Mali est humilié, il y a donc aucune raison d’en ajouter en gardant le silence et c’est ce que tout le monde fait, et les occidentaux le savent pertinemment. 

Raison pour laquelle, je me réjouis aujourd’hui de ce soutien international parce qu’il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, quelque soit la différence de lecture qu’un tel traitement me soit réservé. C’est donc une nouvelle phase de la décolonisation de l ’Afrique. Il nous appartient maintenant à nous mêmes de voir ou sont les véritables défis.

La rédaction de cameroonvoice

NB. L’intégralité de l’entretien sera diffusée à l’émission "Antenne Libre", ce Samedi 27 Avril 2013, 14h/16 à Montréal / New York, 19h à Douala, 18h à Bamako, sur la radio



****
Transmis par
Raoul Marc Jennar

Tue, 30 Apr 2013 13:15:23 +0000





Voir en ligne : Interdite de séjour dans l’espace Schengen. Aminata Traoré parle de la déconvenue

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