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Discours d’Assange après six mois à l’ambassade d’Equateur à Londres

Florentin Collomp - Claudia Rahola et Anne-Laure Mondesert | courrier-picard.fr - lefigaro.fr | jeudi 20 décembre 2012

jeudi 20 décembre 2012


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Florentin Collomp | lefigaro.fr | jeudi 20 décembre 2012
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Wikileaks : Assange promet « un million de documents »
Florentin Collomp | lefigaro.fr | jeudi 20 décembre 2012

Julian Assange, jeudi soir, sur le balcon de l'ambassade d'Équateur à Londres .
Julian Assange, jeudi soir, sur le balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres .
Crédits photo : LEON NEAL/AFP

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a fait un discours jeudi soir depuis le balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres où il est réfugié depuis six mois. Son cas est dans une impasse.

Correspondant à Londres

Depuis le balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres, où il est réfugié, Julian Assange a promis jeudi soir la révélation par le site Wikileaks de « plus d’un million de documents en 2013 affectant tous les pays du monde ». Le fondateur de l’organisation prônant la transparence de l’information a voulu montrer à ses partisans qu’il ne baissait pas les bras dans l’adversité. Cela fait six mois exactement qu’il a trouvé asile dans la représentation diplomatique équatorienne dont il ne peut sortir au risque d’être immédiatement arrêté et extradé vers la Suède, où la justice souhaite l’entendre pour deux affaires de viol.

Chants de Noël, bougies, vin chaud, entre 100 et 200 supporters - et à peu près autant de journalistes - s’étaient massés sous les fenêtres de l’ambassade, juste derrière le grand magasin de luxe Harrods illuminé. Assange les a remerciés, ainsi que tous ceux qui chaque jour depuis six mois surveillent le site. Se disant « en sécurité ici » malgré une « liberté limitée », il a rendu hommage aux « 232 journalistes qui passeront la nuit en prison ce soir » ainsi qu’au soldat américain Bradley Manning, détenu pour avoir transmis des centaines d’informations à Wikileaks.

« Trouver une solution diplomatique »

On l’avait dit souffrant d’une infection pulmonaire liée à son confinement mais l’Australien à la chevelure argentée a semblé en forme. Il a reçu des visites, dont celles de Lady Gaga ou de Jean-Luc Mélenchon. « C’est de la révélation de la vérité que tout découle », a-t-il déclaré. Il a dénoncé l’enquête « immorale » de la justice américaine sur Wikileaks, ainsi que le comportement du gouvernement de son pays d’origine, l’Australie.

Les chaînes d’information britanniques n’ont pas diffusé l’intervention et le cas Assange en pleine impasse suscite au Royaume-Uni pas mal de lassitude. Londres se dit engagé à « trouver une solution diplomatique » mais rappelle son « obligation légale de l’extrader vers la Suède ». L’Équateur a demandé aux Britanniques qu’il puisse bénéficier d’un sauf-conduit ou que Stockholm apporte des garanties qu’il ne serait pas ensuite extradé vers les États-Unis, où il redoute d’être poursuivi pour espionnage.

Le président équatorien Rafael Correa a embrassé cette cause pour se présenter en parangon de la liberté d’expression. L’élection présidentielle prévue dans le pays en février devrait faire évoluer la situation. Brian, 23 ans, un étudiant équatorien à Londres, était venu mercredi soir apporter son soutien à « la cause de la transparence ». « Je suis contre le front uni occidental et la stigmatisation d’Assange, a-t-il réagi. On ne parlerait pas tant des accusations criminelles dont il fait l’objet s’il ne s’agissait pas de lui. »

Une fois les fenêtres de l’élégant bâtiment de briques rouges refermées, les Londoniens et touristes du quartier chic de Knightsbridge ont repris leur shopping de Noël.

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Assange : six mois à l’ambassade d’Equateur à Londres, aucune solution en vue
Claudia Rahola et Anne-Laure Mondesert | courrier-picard.fr | Jeudi 20 Décembre 2012

Julian Assange s'exprime le 19 août 2012 depuis le balcon de l'ambassade d'Equateur à Londres

Julian Assange s’exprime le 19 août 2012 depuis le balcon de l’ambassade d’Equateur à Londres

Julian Assange franchit mercredi le cap des six mois d’enfermement à l’ambassade d’Equateur à Londres, où il s’est réfugié pour échapper à une extradition vers la Suède de peur d’être livré aux Etats-Unis, et aucune porte de sortie diplomatique n’est en vue.

L’Australien de 41 ans a prévu de "s’adresser à la foule" jeudi soir, du haut du balcon de l’ambassade située à quelques mètres du grand magasin Harrods, en pleine période de Noël.

Ses partisans ont prévu "musique, nourriture et vin chaud" pour célébrer le fondateur de WikiLeaks qui avait fait une première apparition au balcon en août dernier, devant quelques centaines de militants.

C’est derrière ces murs que le reclus volontaire vit depuis le 19 juin dans une chambre d’une vingtaine de mètres carrés. C’est là aussi qu’il reçoit, outre ses proches et des journalistes, des personnalités aussi diverses que la chanteuse Lady Gaga, la styliste Vivienne Westwood et l’homme politique français Jean-Luc Mélenchon.

Car cette retraite s’éternise, faute de solution diplomatique entre les différents pays concernés. Réclamé par la Suède pour y répondre d’accusations de viol et d’agressions sexuelles à l’encontre de deux jeunes femmes -qu’il nie-, Julian Assange ne peut mettre un pied hors de l’ambassade sans risquer de se faire arrêter aussitôt par les policiers postés devant l’édifice.

L’Equateur, qui lui a accordé l’asile diplomatique en août dernier, a vainement demandé que le Royaume-Uni lui délivre un sauf-conduit pour sortir librement du pays ou que la Suède fournisse les garanties qu’il ne serait pas ensuite extradé vers les Etats-Unis.

Londres a réaffirmé "son engagement à trouver une solution diplomatique" mais aussi son "obligation légale d’extrader M. Assange vers la Suède", conformément à une décision de la Cour suprême britannique intervenue au terme d’un feuilleton judiciaire de 18 mois.

Le gouvernement suédois quant à lui souligne qu’il n’a pas à interférer dans les affaires de la justice, indépendante.

Quito estime pourtant "ne pas demander l’impossible". "Notre objectif est d’arriver à un accord satisfaisant pour tous (...) qui écarte toute possibilité d’extradition ultérieure aux Etats-Unis" de Julian Assange, a indiqué à l’AFP un conseiller du gouvernement équatorien.

Julian Assange redoute d’être envoyé de Suède aux Etats-Unis et d’y être jugé pour espionnage, après la publication en 2010 par WikiLeaks de 250.000 télégrammes diplomatiques américains.

Dans une interview à la radio belge RTBF diffusée lundi, l’Australien a affirmé ne pas s’attendre à voir sa situation évoluer avant février, date de l’élection présidentielle en Equateur. "Les Etats-Unis estiment qu’il y a une chance que (Rafael) Correa perde et d’être dans une position plus stratégique pour négocier", affirme-t-il.

Assange, qui dit avoir l’impression de vivre dans une "station spatiale" à l’ambassade, qualifie ses conditions de vie de "difficiles", tout en les jugeant préférables à celles de certaines personnes liées à WikiLeaks comme Bradley Manning, soldat qui encourt la réclusion à perpétuité aux Etats-Unis pour avoir transmis des dizaines de milliers de documents secrets au site.

Au quotidien, le blond Australien dit travailler "17 heures par jour, sept jours sur sept", faire des exercices physiques régulièrement et utiliser une lampe à bronzer pour compenser son enfermement.

L’Equateur a un temps fait état de problèmes pulmonaires liés à son confinement.

Il vient de sortir un livre, "Cypherpunks : Freedom and the future of internet", basé sur des conversations avec des cyberactivistes militant contre le contrôle d’internet par les gouvernements et les grandes entreprises.

Par ailleurs, le fondateur de WikiLeaks, qui ambitionne de se présenter aux élections sénatoriales en Australie en 2013, a l’intention de créer un parti, selon des informations de presse.

Par Claudia RAHOLA et Anne-Laure MONDESERT LONDRES (AFP)






rtbf.be

J. Assange, Wikileaks : "Nous sommes en difficulté mais pas au tapis"
Marc Molitor, Jean -Marc Vierset et Anne Harford avec WF, JFH | rtbf.be | lundi 17 décembre 2012

Julian Assange va passer le cap, dans quelques jours, de ses six mois de retraite à l’ambassade d’Équateur à Londres. Dans une interview exclusive à la RTBF, le fondateur de Wikileaks explique tous les moyens utilisés pour abattre son réseau d’information. Il ne pense pas que son séjour forcé à l’ambassade d’Equateur s’arrêtera de sitôt.

Arrêté une première fois par les autorités britanniques, en décembre 2010, en raison d’une demande d’extradition formulée par la Suède, le fondateur et dirigeant de Wikileaks avait fini, après une libération conditionnelle accordée sous des conditions très strictes - sous assignation domiciliaire et avec bracelet électronique, par se réfugier dans les locaux diplomatiques de l’Equateur, situés au cœur de Londres, à quelques pas des grands magasins Harrods.

Le militant semblait épuisé lors de ses dernières apparitions publiques. Il y a de quoi l’être, manifestement : son repaire, désormais, se résume à une pièce de quatre mètres sur cinq, environ, divisée en deux parties par une étagère : une chambre, et un bureau de travail. C’est là, au rez-de-chaussée du bâtiment de l’ambassade, que Julian Assange reçoit ses visiteurs. Triés sur le volet. Il a fallu montrer patte blanche longtemps à l’avance.

Entre une multitude d’ordinateurs et de téléphones, l’homme, fatigué et pâle, garde pourtant une grande vivacité intellectuelle et continue à déployer une grande activité via internet. "C’est difficile", reconnait-il. "Mais avoir été pendant près de deux ans en prison et puis sous arrestation domiciliaire était encore plus difficile", ajoute-t-il aussitôt, faisant référence à son assignation en liberté conditionnelle dans un manoir de la campagne anglaise. "Mais c’est encore beaucoup plus dur pour certains qui sont impliqués dans d’autres combats politiques.

Julian Assange fait le point sur son dossier suédois

De sa situation un peu rocambolesque, le fondateur de Wikileaks dit qu’elle reste compliquée. En tous les cas, il estime que rien ne devrait bouger avant plusieurs mois. Les négociations entre les autorités britanniques et équatoriennes semblent au point mort, "jusqu’au mois de février". Julian Assange en est convaincu : les États-Unis devraient attendre la tenue des élections présidentielles en Équateur. "Ils espèrent que Correa (le président de l’Équateur, ndlr) va perdre, et ils auront une autre stratégie à ce moment-là", dit-il. "Il y a des informations qui font état d’une augmentation du financement américain des partis anti-Correa", une tactique que les États-Unis utilisent souvent, dit-il. Mais les résultats qu’ils escomptent ne sont pas garantis. "Leurs pensées et leurs actes deviennent très prévisibles", estime-t-il.

Mais, même dans le cadre d’une victoire de Rafael Correa, la situation du militant ne devrait pas s’améliorer aussi facilement. Julian Assange l’a répété : le danger que la Suède ne le livre aux autorités américaines est grand. Quid des pressions que subit l’État suédois ? Elles sont internes et externes, affirme Julian Assange, mais elles ne sont pas aussi faciles à démontrer. "Le cas en Suède est dépendant, d’un côté, de la politique interne suédoise, et de l’autre, de la nouvelle géopolitique extérieure suédoise", explique-t-il. "Il n’est pas nécessaire que les demandes soient explicites, mais de comprendre ce que tes amis veulent" ; pour Julian Assange, la Suède s’est juste comportée comme un allié fidèle des États-Unis, en allant dans leur sens. Mais il y eu plus, ajoute-t-il. Des fuites publiées par Wikileaks et impliquant les services de renseignements suédois, auraient hautement déplu aux États-Unis. Au point de remettre en question la coopération américano-suédoise dans le domaine du renseignement. "Une situation complexe qui implique beaucoup d’intérêts"...

Les autorités suédoises, elles, maintiennent leurs poursuites, et refusent de commenter les demandes de garantie de non-extradition vers les États-Unis. Mais Julian Assange l’affirme : "Ces accusations ne sont pas le résultat de plaintes déposées par des femmes". Il explique qu’aujourd’hui, il est clair pour toutes les parties que les accusations portées contre lui ne l’ont pas été par les deux femmes rencontrées en Suède. "Elles demandaient conseil à propos d’un test Sida ; et c’est la police et l’Etat suédois qui se sont saisis de l’affaire". Une femme aurait explicitement déclaré qu’elle avait refusé de signer une déposition alors que la police la pressait de le faire. Le dossier évolue vers une diminution des présomptions affirme Assange, qui rappelle qu’il n’est d’ailleurs pas inculpé.

(Ecoutez le premier extrait sonore en cliquant ci-dessus)

L’attaque financière contre Wikileaks et le nouveau complexe sécuritaire public-privé aux Etats-Unis

Que faire, alors ? Julian Assange s’occupe, de son cas, mais aussi des attaques dont son organisation, Wikileaks, fait l’objet. Et elles ne sont pas anecdotiques : le financement de l’association est quasi bloqué. La raison : le refus des plus grandes entreprises de crédit de transférer les dons vers les comptes de Wikileaks. En cause, Visa et Master Card, essentiellement, ainsi que pay pal et d’autres opérateurs.

Pour Julian Assange, c’est un combat fondamental. On pourrait même croire que c’est sa principale occupation de ses derniers mois. "Il n’y a pas de souveraineté pas d’autodétermination sans souveraineté économique", dit-il à ce propos. "Différentes forces politiques aux États-Unis, après la publication des câbles diplomatiques, ont voulu mettre en place un embargo économique contre Wikileaks, comme pour Cuba", et lorsqu’elles se sont aperçu qu’elles ne pouvaient pas agir sur des bases légales, elles ont utilisé leurs réseaux d’influence à Washington, s’exclame le cybermilitant. Mais l’association se bat sur tous les fronts, et en premier lieu, devant les tribunaux. "En Islande, il y a quelques mois, une première décision judiciaire a été prise dans ce dossier, on a gagné complètement ; Visa a été condamné".

Wikileaks a introduit une plainte formelle en Europe, estimant que Visa et Master Card violaient les réglementations européennes anti-trust. Ce sont des "entreprises américaines qui contrôlent les activités économiques des citoyens européens et les entreprises européennes", explique Julian Assange.

Julain Assange lie cette attaque à la puissance croissante du nouveau "complexe sécuritaire" aux Etats-Unis. Une alliance informelle mais très efficace de l’ancien complexe militaro-industriel avec un nombre croissant de sociétés privées de sécurité, de sociétés informatiques et juridiques, un ensemble pour lequel le 11 septembre 2001, les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont été un tremplin idéal. Or c’est justement cet ensemble qui a été frontalement attaqué par les révélations de Wikileaks. Il a réussi à suborner les grands acteurs du paiement électronique pour tenter d’abattre le groupe. 

(Ecoutez le deuxième extrait sonore en cliquant ci-dessus)

Conséquences sur la situation présente et future de Wikileaks

Les attaques contre Assange et Wikileaks ont fort affaibli le groupe et ses financements, dont une très grande partie transitait par Visa, MasterCard et Pay Pal. Il doit donc se réorganiser, imaginer l’avenir et tirer les leçons du passé. WL est à la recherche de nouveaux systèmes de financement qui contournent le blocage actuel, en créant des fondations et des associations en Europe aussi. La multiplication de sites comme Wikileaks peut être une arme, mais ce n’est pas facile à monter. 

"Nous sommes en difficulté mais pas au tapis", explique Assange. "Les attaques sont très violentes mais avec le temps nous avons développé un important réseau de soutien partout dans le monde. De nombreux médias et journalistes coopèrent, des infrastructures avec des systèmes de coopération cryptés ont été mises sur pied , on a fort diversifié et décentralisé Wikileaks, ce qui le rend moins vulnérable". Assange admet qu’il y a pu y avoir des erreurs ou un manque de contrôle dans la diffusion de certains documents, mais elles ont été limitées dit-il, cela n’a jamais porté dommage à des individus particuliers en dehors de la sphère du pouvoir.

(Ecoutez le troisième extrait sonore, en cliquant ci-dessus)

Crainte sur le futur d’internet : les risques d’une surveillance généralisée

En conclusion de l’Internet, Julian Assange évoque ses craintes sur l’avenir de l’Internet, à la croisée des chemins dit-il. C’est le thème d’un livre collectif publié tout récemment. [1]

L’évolution des technologies et la baisse de leurs coûts permettent aujourd’hui une surveillance généralisée, explique-t-il. L’ancienne "interception tactique" qui ciblait des individus qu’on décidait de surveiller, laisse place à une "interception stratégique" mise en œuvre par les grands complexes sécuritaires : elle permet d’enregistrer systématiquement toutes les données (e-mail, sms, téléphone..) qui sont stockées. Plus tard, si on cible quelqu’un, alors on utilise à posteriori ces énormes data base pour reconstituer les profils passés et présent des individus ciblés.

Plus que jamais, estime Assange, la transparence doit s’appliquer au pouvoir et la protection aux individus.

(Ecoutez le quatrième extrait sonore, en cliquant ci-dessus)

Marc Molitor, Jean -Marc Vierset et Anne Harford avec WF, JFH

[1] " The Internet is a threat to human civilization " , OR Books, New York and London, 2012

Le site de Wikileaks

Deux livres sur l’histoire de Wikileaks : "L’histoire secrète de Wikileaks", par Julien Laurent, City Editions, 2011 - "Inside Wikileaks", par Daniel Domscheit-Berg, 2011

Le documentaire australien : "Sex, Lies and Julian Assange", par Andrew Fowler and Wayne Harley.

Sweden versus Assange



Voir en ligne : Wikileaks : Assange promet « un million de documents »

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