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À Londres, d’une émeute à l’autre, la colère intacte du poète Benjamin Zephaniah

Thomas Hajdukowicz et Joseph Sotinel | tv5.org | 10 août 2011

mercredi 10 août 2011

Benjamin Zapheniah fait partie des voix les plus importantes de la communauté afro-caribéenne britannique. Poète dub et écrivain rastafarien, il s’est régulièrement élevé contre l’abandon des quartiers défavorisés anglais et l’establishment à la tête du pays. Dans l’entretien qu’il nous accorde, il estime que les émeutes qui frappent l’Angleterre en ce mois d’août 2011, et qui ont fait déjà plusieurs morts, couvaient depuis très longtemps.

"Les personnes dans la rue sont des gens en colère"


Propos recueillis et traduits par Thomas Hajdukowicz et Joseph Sotinel

Pensez-vous que la violence à laquelle nous assistons au Royaume-Uni est le fait de bandes organisées, ou de gens du commun ?

Il n’y a pas de bandes organisées. On peut considérer les émeutiers comme des personnes "normales" parce qu’on les voit tous les jours dans les rues d’Angleterre. Mais pour d’autres, ce sont des gens "différents", parce que ces autres ne sortent pas de leurs centres ville, et ne quittent pas leur petit monde riche. Les personnes qui sont dans la rue en ce moment sont des gens en colère qui ont profité d’une faille dans le système pour essayer de le faire sauter. Pendant des années, ils ont refoulé cette énergie, qui est littéralement en train d’exploser aujourd’hui. Ils pillent aussi des biens dans des magasins qu’ils ont longtemps convoités mais qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’acheter. On n’a pas à être d’accord avec eux pour les comprendre. En fait, si vous ne les comprenez pas, vous ne comprenez pas ce qui ne va pas dans notre pays.

On n’a pas vu de telle explosion de violence au Royaume-Uni depuis les années 1980. Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

Cette question est mal posée. Depuis 1998, on a compté 333 morts causées par la police. Je dis bien police, et pas prison. Aucun policier n’a été inquiété. Est-ce que la violence policière compte ? La violence a toujours été importante en Grande-Bretagne, mais on l’a exporté, on a été violent en dehors de nos frontières. En Irak, en Afghanistan, en Libye. On a vendu la violence (sous la forme d’armes) à l’Indonésie, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, Israël, le Sri Lanka, et beaucoup d’autres pays. Alors pourquoi tolère-t-on cette violence ? Nous vivons dans une société violente où le pouvoir s’acquiert grâce à un pistolet ou un char. La violence ne nous a jamais quittés. Elle est juste rentrée à la maison.

La réponse du gouvernement britannique est-elle appropriée ?

Le gouvernement n’a pas de réponse. Il réussira certainement à rétablir le calme dans les rues, mais il se contentera surtout de fermer les yeux sur les événements en attendant que ça explose à nouveau. Ça arrivera tôt ou tard. On doit dépenser de l’argent pour aider ces quartiers. Ces jeunes ont besoin de travail et d’espoir. Ils ont besoin qu’on leur propose un avenir, qu’on croit en eux, en leurs quartiers, en leurs arts. Le Gouvernement mène un programme de coupes franches et de désinvestissement.

Dans ce cas, existe-t-il d’autres solutions ?

Bien sûr qu’il existe un autre moyen. Dans le contexte actuel, dans ce pays néo-libéral mené par la coalition Conservateurs/Libéraux Démocrates, une révolution serait bienvenue. Mais apparemment, les Britanniques ne font pas la révolution. C’est un truc français.


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